Quand le logement devient source d’instabilité et de colère

La colère : un incendie à éteindre


« La colère est très mauvaise conseillère », pourtant chacun de nous a déjà agi sous son effet et alors toutes les contrariétés, toutes les injustices du quotidien deviennent des prétextes qui s’accumulent et déferlent avec l’effusion d’une rage trop longtemps contenue.

En période de crise, la raison n’a plus vraiment sa place. Ces 3 dernières semaines ont été pour moi cataclysmique et j’ai vraiment ressenti une haine qui sort des tripes avec une envie de tout démolir.

Au vu de la gravité du danger auquel nous avons été exposés, j’aurais aimé que les responsables de notre intoxication au monoxyde de carbone passent devant le juge, en comparution immédiate. Mais ce n’est jamais comme cela que ça se passe et il faut apprendre à vivre avec ce (res)sentiment d’injustice.

L’écriture spontanée est pour moi une véritable thérapie et une source d’équilibre et d’accalmie. Elle a été une perche de secours et m’a permis de m’accrocher durant cette période extrêmement houleuse. Les lignes, ci-dessous décriront la turbulence que nous avons traversé.

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La violence du relogement


C’est la seule insécurité que je subis aujourd’hui dans mon quartier. Récemment une personne que j’apprécie mais qui ne vit pas le délogement m’a dit « On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs » et « parfois pour l’intérêt commun il faut accepter les sacrifices ». Je lui ai répondu consternée : « mais là les oeufs c’est nous ! » et elle a répliqué « et bien oui ».

Sauf que, nous ne sommes pas des oeufs et encore moins une omelette et je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sacrifier pour un hypothétique intérêt commun. La fin ne justifie pas les moyens surtout quand les moyens employés à mon égard sont violents. Et puis je ne vois pas de quel intérêt commun on parle. Créer de la mixité sociale ? Bien.

Pourquoi ce ne sont jamais les populations les plus riches qu’on déplace !?

Pourquoi engage-t-on des frais énormes de communication (édulcorée) pour attirer les nouveaux arrivants et pourquoi pour nous faire partir on ne fournit pas autant d’efforts ni dans la forme ni dans le fond !?

Pourquoi se sent-on chassés, indésirables quand d’autres sont convoités et attirés !?

Pourquoi ça fait des mois que nous demandons en vain de visiter des appartements neufs ou récents alors qu’on organise des visites tous les jeudis après midi pour des balades dans le quartier !?

Pourquoi est-ce liberticide d’imposer aux nouveaux arrivants de mettre leurs enfants dans nos écoles : seule façon d’espérer une vraie mixité, et pourquoi nous impose-t-on de quitter nos logements !?

Pourquoi a-t-on déjà prévu (par exemple) une résidence CROUS pour les futurs étudiants et pourquoi nous annonce-t- on soudainement qu’on va être relogés sans que quasiment rien de neuf, ni de récent ne soit prévu pour nous !?

La liste de questions indignées pourrait être encore longue … Je trouve que c’est un trop gros sacrifice pour une hypothétique mixité sociale, encore plus pour une méthode qui 13 ans après le début du plan de renouvellement urbain (la phase 1) est loin d’avoir fait ses preuves … « Rénovation urbaine : arrêtez le massacre ! » (Article écrit par l’architecte-urbaniste en chef de l’Etat).

Nous ne sommes pas des meubles, ni du bétail … J’avais des projets, des rêves avant cette annonce de démolition. J’étais en train de créer mon entreprise de pâtisserie fine orientale. A la place j’ai mis ma vie en pause et beaucoup de mon temps et de mon énergie à la création d’un collectif « L’espoir des 500 ».

Ce collectif est né et a été reconnu : « un travail de co-construction associant les partenaires du relogement et les collectifs de locataires a été validé très récemment par l’état, les services de la métropole, et les bailleurs. Cette co-contruction permettra de décliner les principes de la charte du relogement dans le cadre de l’opération de relogement des immeubles 520 530 … »

Sauf que, pendant que toute l’assemblée aura son temps de vie indemnisé et bien nous nous devrons nous battre et négocier, réécrire une charte qui cette fois s’appellera protocole pour 0 € de l’heure et un temps de vie précieux perdu, alors que nous n’avons rien demandé … Pourquoi !? Leurs vies ont-elles plus de valeurs que les notres ?

Notre collectif « L’espoir des 500 » ne servira pas à conforter un travail de concertation sur papier uniquement. Nous subissons un préjudice et il doit être pris en considération.

Je tiens à préciser que certains locataires souhaitaient partir pour diverses raisons comme le surpeulement, le vieillissement du quartier et de certains logements … Mais que beaucoup ne souhaitaient pas déménager et ont engagé des travaux et des frais considérables. Si nous avions été au courant plus tôt, jamais nous n’aurions mis ces sommes ni cette énergie pour rien.

Pour finir et tout compte fait, je reste dans ce blog (je m’y sens mieux) pour parler aussi de ce relogement qui occupe une trop grande partie de mes pensées et donc de ma vie. Seuls les aspects techniques de l’organisation de notre collectif déménageront ici.


Relogement : mon diagnostic personnalisé


Je ne critique pas Grand Lyon Habitat dans sa globalité, je les préfère même à d’autres bailleurs et à certaines régies privées, mais je me dis qu’ils ne se rendent peut être pas compte de ce que le relogement suscite chez un relogé, car moi-même je ne le savais pas avant de le vivre.
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