Quand le logement devient source d’instabilité et de colère

La colère : un incendie à éteindre


« La colère est très mauvaise conseillère », pourtant chacun de nous a déjà agi sous son effet et alors toutes les contrariétés, toutes les injustices du quotidien deviennent des prétextes qui s’accumulent et déferlent avec l’effusion d’une rage trop longtemps contenue.

En période de crise, la raison n’a plus vraiment sa place. Ces 3 dernières semaines ont été pour moi cataclysmique et j’ai vraiment ressenti une haine qui sort des tripes avec une envie de tout démolir.

Au vu de la gravité du danger auquel nous avons été exposés, j’aurais aimé que les responsables de notre intoxication au monoxyde de carbone passent devant le juge, en comparution immédiate. Mais ce n’est jamais comme cela que ça se passe et il faut apprendre à vivre avec ce (res)sentiment d’injustice.

L’écriture spontanée est pour moi une véritable thérapie et une source d’équilibre et d’accalmie. Elle a été une perche de secours et m’a permis de m’accrocher durant cette période extrêmement houleuse. Les lignes, ci-dessous décriront la turbulence que nous avons traversé.

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Relogement : Après l’espoir, la désillusion puis la résignation …

Voilà bientôt 2 ans que l’annonce de démolition a été faite et pour moi, toujours pas de déménagement en vue. Et aujourd’hui, une immense déception …

En septembre 2015, nous apprenions que nos 2 bâtiments 520 et 530 à la Sauvegarde allaient être démolis. J’avais emménager seulement depuis quelques mois, avais tout repeins, monter mes meubles sauf ma chambre. Puisque nous allions être relogés, j’ai pensé qu’il vallait mieux qu’elle reste emballée. J’ai donc dormi pendant presque 2 années sur un minuscule canapé parce que j’allais déménager prochainement …

Aujourd’hui, à mon grand désarroi, je viens d’apprendre que le logement que j’ai visité et accepté en Novembre 2016 nous a été refusé pour une raison que je considère terriblement injuste et injustifiée. Je ne la détaillerai pas ici.

J’ai donc pris des résolutions :

  • Je ne donnerai plus une minute de mon temps pour un quartier (pas les habitants) qui me rejette après tant d’heures de vie et d’énergie généreusement offertes.
  • Je monte ma chambre et nettoie mes balcons laissé à l’abandon et aux pigeons puisque j’allais partir incessamment …
  • Je ne veux plus entendre parler de relogement, ni de réunions, ni de bénévolat …
  • Je ne souhaite plus visiter de logement pendant au moins 6 mois. J’ai besoin de me poser dans ma tête.
  • Je ne m’identifie plus à un quartier, ni à une cité ni à un lieu. Je suis Française, Algérienne et Citoyenne du monde et quand ma condition sociale me le permettra, s’il faut partir je le ferai sans aucun regrets. C’est moi qui l’aura choisi et ce sera pour évoluer dans ma vie inchallah.

J’ai compris durant tous ces mois «d’investissement» que les seuls vrais problèmes des habitants des quartiers populaires étaient la pauvreté, le manque de formation et le chômage. L’argent ne fait pas le bonheur mais il évite bien des problèmes …


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Les 500 !

Relogement : chacun attend (im)patiemment son tour …

Etre relogé c’est : se faire déménager


Depuis l’annonce de la démolition, en septembre 2015, les bâtiments 520 et 530 de la Sauvegarde se vident régulièrement. Lentement mais sûrement. Depuis quelques mois, j’évite le sujet et essaie de ne plus y penser. Pourtant il le faut, nous devrons partir, bientôt. Où ? Je n’en ai absolument aucune idée.

Une partie de moi a de plus en plus envie de quitter ce quartier, alors qu’une autre et mes enfants souhaitent y rester. Alors je ne sais pas. Mon amie et voisine m’a dit il y a quelques jours : « J’en peux plus, j’ai envie de partir, je n’ose plus rien acheter pour la maison, plus rien bricoler chez moi ». Elle attend impatiemment une proposition . Etre relogé c’est mettre sa vie en pause. C’est un sentiment très souvent partagé. « On t’a proposé quelque chose ? » c’est la question qui revient toujours en premier lorsque l’on se croise.


La rénovation urbaine c’est aussi un changement d’identité


J’ai entendu dire que la Duchère allait changer de nom comme cela a été fait pour la barre communément appelée : « Chicag » et rebaptisée (officiellement) l’Alizé. Je pense et j’espère que ce n’est qu’une rumeur. Les rumeurs, les on dits, les non-dits sont nombreux et peu rassurants. J’essaie de ne plus y prêter attention.

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La métamorphose et les travaux sur la Duchère se poursuivent soulevant au passage des masses de questions et d’inquiétudes. Parmi lesquelles : La rénovation profitera-t elle réellement aux anciens habitants ? Diminuer le nombre de logements sociaux ne va-t-il pas entraîner une hausse des prix, significative pour les plus pauvres ? Sommes-nous devenus aujourd’hui des « indésirables » au sein de notre propre quartier ? Comment cette nouvelle identité est-elle perçue par les jeunes et les adolescents en construction ?  Notre quartier était jusqu’alors un endroit où l’on se sentait chez nous, ce qui compensait le sentiment d’exclusion que l’on pouvait ressentir ailleurs.

Notre parole, nos ressentis doivent être écoutés, pris en considération, sans tabous ni condescendance et surtout agis en conséquence. L’objectif principal étant que nous soyons mieux logés après le relogement et la rénovation. Sinon, pourquoi déménager ?

La violence du relogement


C’est la seule insécurité que je subis aujourd’hui dans mon quartier. Récemment une personne que j’apprécie mais qui ne vit pas le délogement m’a dit « On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs » et « parfois pour l’intérêt commun il faut accepter les sacrifices ». Je lui ai répondu consternée : « mais là les oeufs c’est nous ! » et elle a répliqué « et bien oui ».

Sauf que, nous ne sommes pas des oeufs et encore moins une omelette et je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sacrifier pour un hypothétique intérêt commun. La fin ne justifie pas les moyens surtout quand les moyens employés à mon égard sont violents. Et puis je ne vois pas de quel intérêt commun on parle. Créer de la mixité sociale ? Bien.

Pourquoi ce ne sont jamais les populations les plus riches qu’on déplace !?

Pourquoi engage-t-on des frais énormes de communication (édulcorée) pour attirer les nouveaux arrivants et pourquoi pour nous faire partir on ne fournit pas autant d’efforts ni dans la forme ni dans le fond !?

Pourquoi se sent-on chassés, indésirables quand d’autres sont convoités et attirés !?

Pourquoi ça fait des mois que nous demandons en vain de visiter des appartements neufs ou récents alors qu’on organise des visites tous les jeudis après midi pour des balades dans le quartier !?

Pourquoi est-ce liberticide d’imposer aux nouveaux arrivants de mettre leurs enfants dans nos écoles : seule façon d’espérer une vraie mixité, et pourquoi nous impose-t-on de quitter nos logements !?

Pourquoi a-t-on déjà prévu (par exemple) une résidence CROUS pour les futurs étudiants et pourquoi nous annonce-t- on soudainement qu’on va être relogés sans que quasiment rien de neuf, ni de récent ne soit prévu pour nous !?

La liste de questions indignées pourrait être encore longue … Je trouve que c’est un trop gros sacrifice pour une hypothétique mixité sociale, encore plus pour une méthode qui 13 ans après le début du plan de renouvellement urbain (la phase 1) est loin d’avoir fait ses preuves … « Rénovation urbaine : arrêtez le massacre ! » (Article écrit par l’architecte-urbaniste en chef de l’Etat).

Nous ne sommes pas des meubles, ni du bétail … J’avais des projets, des rêves avant cette annonce de démolition. J’étais en train de créer mon entreprise de pâtisserie fine orientale. A la place j’ai mis ma vie en pause et beaucoup de mon temps et de mon énergie à la création d’un collectif « L’espoir des 500 ».

Ce collectif est né et a été reconnu : « un travail de co-construction associant les partenaires du relogement et les collectifs de locataires a été validé très récemment par l’état, les services de la métropole, et les bailleurs. Cette co-contruction permettra de décliner les principes de la charte du relogement dans le cadre de l’opération de relogement des immeubles 520 530 … »

Sauf que, pendant que toute l’assemblée aura son temps de vie indemnisé et bien nous nous devrons nous battre et négocier, réécrire une charte qui cette fois s’appellera protocole pour 0 € de l’heure et un temps de vie précieux perdu, alors que nous n’avons rien demandé … Pourquoi !? Leurs vies ont-elles plus de valeurs que les notres ?

Notre collectif « L’espoir des 500 » ne servira pas à conforter un travail de concertation sur papier uniquement. Nous subissons un préjudice et il doit être pris en considération.

Je tiens à préciser que certains locataires souhaitaient partir pour diverses raisons comme le surpeulement, le vieillissement du quartier et de certains logements … Mais que beaucoup ne souhaitaient pas déménager et ont engagé des travaux et des frais considérables. Si nous avions été au courant plus tôt, jamais nous n’aurions mis ces sommes ni cette énergie pour rien.

Pour finir et tout compte fait, je reste dans ce blog (je m’y sens mieux) pour parler aussi de ce relogement qui occupe une trop grande partie de mes pensées et donc de ma vie. Seuls les aspects techniques de l’organisation de notre collectif déménageront ici.


Relogement : va-t-on tomber plus bas ?


Notre situation de précarité à la Sauvegarde (zone de la Duchère; quartier de Lyon9) et aujourd’hui le relogement qui s’y mèle agitent et inquiètent nos instincts les plus primaires. Normal que nous soyons si mal et que beaucoup d’entre nous en font des cauchemars. Nous n’avons pas demandé à déménager et nous (pour la plupart) ne savons absolument pas où nous allons être relogés.

Pour ma part, j’ai renoncé aux logements neufs. Non pas que je n’aimerais pas y vivre. Non, ce doit être bien plus agréable d’habiter dans des logements récents et modernes que dans de vieilles constructions. J’essaie simplement d’être réaliste. Sachant que j’arrive à peine à boucler mes fins de mois avec un loyer très bas, comment pourrais-je espérer  m’en sortir avec ne serait-ce que 50 Euros en plus dans mon loyer et mes charges ?

J’aimerais tellement être déjà posée dans mon chez moi sans toutes les étapes liées au déménagement … Je n’ai pas envie de « choisir » un logement. Comment peut-on parler de choix quand la 2ème proposition ne vient qu’après avoir renoncé à la première et ainsi de suite … J’aimerais vraiment choisir, comparer, visiter avant la fameuse proposition qu’on attend tour à tour, aléatoirement et avec inquiétude.

Je n’ai pas envie de faire à nouveau mes cartons, quand je n’ai pas encore déballé la totalité de mes anciens. Je n’ai pas envie de résilier mes anciens contrats, comparer et choisir à nouveau quand les choix et les démarches que j’avais fait précédemment me conviennent ou quand au contraire l’installation de certains services m’avaient exaspérée.

Je n’ai pas envie de faire un nouvel état des lieux et être attentive et puis constater par la suite que certaines choses ne vont pas (une fuite par exemple) et n’ont pas été notées. Appeler et les signaler à nouveau …

Je n’ai pas envie de démonter mes meubles quand j’ai mis 2 mois à les monter, et un an à les payer. Que j’ai mis toute mes économies dans la peinture et epuisé ma famille à me refaire les murs et les plafonds …

Je n’ai pas envie de me réhabituer au lieu, aux voisins, aux bruits …

Ca à l’air de rien comme ça mais quand on fait tout toute seule et bien le simple fait d’y penser nous rappelle combien ça  va être difficile et long. Je me dis que j’aurais tellement mieux à faire, comme chercher un travail, m’occuper de mes enfants, avoir des loisirs … L’intérêt quand on déménage c’est d’être mieux qu’avant pas de régresser. Surtout quand c’est déjà suffisamment difficile.

Pour celui qui souhaite me lire, je raconterai les périples de mon déménagement dans mon autre blog dédié au relogement et à notre collectif « L’espoir des 500 » (dernier onglet après témoignages). Je ne garantie pas que ce soit intéressant, mais le simple fait d’écrire et de publier me fait énormément de bien alors je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. J’écrirai dès que j’en ressentirai le besoin et que j’en aurai le temps.

A bientôt !

 

 

Vivre dans un logement que l’on doit quitter bientôt – 3/4


Ca y est ! Grand Lyon Habitat ou plutôt la chargée de développement social et prévention (un truc comme ça) m’a contactée .
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Vivre dans un logement que l’on doit quitter bientôt – 2/4


Nous devons créer un collectif de locataires. Cette idée me trotte dans la tête depuis un moment, mais là avec le relogement ça devient une priorité. Plusieurs personnes de mon quartier étaient d’accord avec moi de l’urgence d’être en groupe pour mieux être écoutés. Le relogement nous inquiète parce que le retour de certains relogés de la phase 1 est inquiétant … Beaucoup de relogés se retrouvent à payer des loyers bien trop élevés pour leurs revenus.

Projet urbain
Affiche collée sur les allées du bâtiment 420 rénové (Sauvegarde)

A la fin de la réunion (celle du 17/09/15) qui annonçait officiellement la destruction de nos bâtiments, j’en ai parlé à une des responsables présentes. Cette dernière m’a écoutée attentivement, m’a dit de réunir un groupe, a pris mes coordonnées en me disant qu’elle me rappellerait.

J’ai aussi été à l’agence Grand Lyon Habitat du quartier pour demander un rendez-vous avec la responsable du développement social, mais on m’a demandé de faire un courrier afin d’obtenir ce rendez-vous ce que j’ai fait le 28/09/15… Aujourd’hui je n’ai reçu ni appel, ni obtenu de rendez-vous.

Je n’abandonnerai pas (Inchallah) quitte à passer par un autre organisme pour constituer ce collectif.

Vivre dans un logement que l’on doit quitter bientôt – 1/4


Et dans lequel on vient « à peine » d’emmenager …

Nous allons être délogés/relogés, c’est la décision prise et annoncée officiellement le 17/09 par Grand Lyon Habitat à la réunion d’information sur la phase 2 du projet urbain de rénovation de la Duchère. Les explications qui justifiaient la démolition de nos bâtiments semblaient logiques et se voulaient rassurantes mais j’ai quand même ressenti une crainte … Notamment lorsqu’une hausse des loyers a été évoquée.

Je m’aperçois que c’est très anxiogène comme situation. Je n’arrive plus à me projeter dans l’avenir, par exemple : j’ai voulu acheter un grand miroir à fixer mais une petite voix interne m’a dit « n’achète plus rien, ça sert à rien tu vas partir bientôt » alors je l’ai reposé. Pourtant avant l’annonce officielle j’étais inquiète aussi, mais plutôt réjouie de cette rumeur.

Une fois officialisée ce que je ressens est différent. Comme une impression de perte de contrôle, une méfiance aussi (injustifiée je l’espère) à l’égard des décideurs. Une habitante du quartier m’a dit : « ils veulent enlever tous les arabes de la Duchère, ils veulent que ce soit comme Ecully, Champagne … ».

Qu’allons-nous devenir ? Quand est ce que toutes ces démolitions et tous ces chantiers cesseront enfin ? J’ai refait toute la peinture, acheter des nouveaux meubles en panneaux de particules (à ne monter qu’une seule fois), je les ai montés toute seule durant tout l’été dernier à une allure de fourmi, patiemment chaque jour un peu, mais motivée et heureuse d’avoir enfin mon chez moi que j’ai eu tellement de peine à obtenir.

Enfin, nos repères que nous venions à peine de reconstruire sont à nouveau brouillés, nous plongeant une nouvelle fois dans l’incertitude et le flou. Cette vie est épuisante … Mes enfants sont également inquiets, pauvres petits ils ne veulent pas quitter leur nouveau quartier auquel ils se sont déjà attachés, ils m’ont dit soucieux et agités « Maman on reste là on s’en fout » moi je les ai regardé impuissante «on ne peut rien faire mes enfants, on aura mieux inchallah».

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Immeuble 530 faisant partie du plan de démolition du quartier « les 500 » à la Sauvegarde.