Un spécialiste des quartiers à la Duchère !

Jeudi dernier ( le 20/09) , j’ai eu la joie de faire visiter une partie du quartier de la Duchère à Edouard Zambeaux, journaliste et spécialiste des quartiers populaires français depuis plus de 20 ans.

 

Il m’a interviewée pour son émission tant attendue, PeriphérieS  ! Nous avons échangé au sujet de mon relogement et de l’évolution du quartier depuis mon arrivée en 1981 jusqu’à aujourd’hui.

 

Nous avons également rendu visite à ma soeur et puis je l’ai invité à prendre un thé à la menthe chez moi en compagnie de ma cousine. Parce que la Duchère c’est aussi une histoire de famille 🙂

 

Edouard Zambeaux, c’est aussi le président de la « Médiation nomade », une association dont l’un des objectifs est de provoquer des rencontres et de créer des liens, en soirée, au pieds d’immeubles de quartiers.

Le lendemain, vendredi 21/09, et comme chaque année depuis maintenant 4 ans, le journaliste a animé à l’espace Jean Couty (Lyon9), le forum « La nuit nous appartient » ainsi qu’un débat passionnant ayant pour thème « La nuit » avec, notamment, la participation d’une habitante de Vénissieux et celle du secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires : Julien DenormandieLe Débat ici

 

A la fin, j’en ai profité pour formuler une question et un « appel à l’aide » à Monsieur Denormandie mais j’ai dû partir rapidement juste après. Son conseiller m’a alors laissée sa carte afin de lui écrire par mail. Ce que j’ai fait hier (voir ci-dessous)

 

150 personnes de tous horizons, des parents, des policiers, des habitants … ont assisté et participé à cet événement porteur d’espoir « pour une nouvelle convivialité nocturne dans les quartiers ». Seuls absents et premiers concernés, les jeunes et adolescents des quartiers dits prioritaires. Ceux pour qui la nuit est à l’origine de nombreuses dérives dramatiques voire mortelles pour certains.

 


Mon mail au conseiller du secrétaire d’Etat :

 

Monsieur,

 

J’ai attentivement écouté la réponse de Monsieur Denormandie à mon appel à l’aide, le soir du débat de Périphéries. Elle m’a satisfaite en partie et en théorie. Mais en pratique, mes mots n’ont aucune valeur d’exemplarité aux yeux de mes adolescents.

 

En novembre 2017, j’avais déjà rencontré Monsieur Denormandie pour l’inauguration de Simplon Vénissieux. Sa rencontre m’avait inspirée l’écriture d’un billet plein d’espoir : https://macitevuedelinterieur.com/2017/11/20/julien-de-normandie-aux-minguettes/

 

Aujourd’hui, 3 mois après ma formation, je commence à désespérer de trouver une entreprise pour poursuivre en contrat de professionnalisation pour une alternance niveau II. Pourtant, il n’ y a pas un jour où je ne scrute les annonces sur les sites généralistes et spécialisés de recherche d’emploi.  Je postule, passe des entretiens, des tests techniques et les réussis très souvent. En vain …

 

Je n’ai cesse de dévaloriser la délinquance aux yeux de mes enfants mais comment les convaincre de la valeur de la formation quand ils me voient ramer depuis plusieurs années déjà (je suis diplômée). Et même après une formation récente dans un secteur sensé être en tension.

 

J’ai tout fait pour ne pas retourner au RSA mais depuis 3 mois je suis sans aucunes ressources. Et Hier, à contrecœur, je n’ai pas eu d’autres choix que de renouveler ma demande à la CAF. Parce que plus rien pour nourrir mes enfants. Nous aimerions croire plus que quiconque à ces jolis mots d’espoir mais notre réalité nous montre tous les jours son contraire.

 

Je souhaite vraiment que vous transmettiez ces mots à Monsieur le ministre pour lui donner à voir ce que peut être la réalité d’un quotidien.

 

En espérant que sa bonne volonté porte bientôt ses fruits.

 

Le Monstre du quartier et la spirale infernale …

Aujourd’hui, j’ai une pensée émue pour des jeunes qui à peine sortis d’adolescence, entrent en prison. Je ne leur trouve pas d’excuses comme on a pu me le reprocher. J’ai simplement beaucoup de peine de les voir gâcher leurs potentiels, leur jeunesse, leur vie … Lire la suite de « Le Monstre du quartier et la spirale infernale … »

La street, le Tieks, le Bendo … Et le RAP inconscient

Le RAP Français ne cesse de s’appauvrir laissant souvent place à de jeunes (et moins jeunes) rappeurs se valorisant à travers des attitudes et des paroles violentes et provocatrices. C’est malheureusement la culture que revendiquent fièrement et de plus en plus tôt beaucoup d’adolescents de quartiers pauvres et populaires.

La cité.jpg

Les motos, les armes, le sexe, la drogue, les femmes objets, la défiance vis-à-vis de la police et de l’autorité … Sont revendiqués sans aucunes gênes et tout à fait librement … Tous ces sons rythmés et très séduisants font des millions voire des dizaines de millions de vues à chaque nouvelle publication. Beaucoup de jeunes aiment leurs quartiers de cette manière et s’y attachent avec cette identité. En pensant ainsi être valorisés et reconnus. Ces chanteurs ont-ils conscience de l’impact de leurs mots sur nos vies et celles de nos enfants ? Ou bien ont-ils fait de notre misère un commerce ?

En tant que parents nous sommes inquiets face à cet engouement dont les objectifs sont purement commerciaux. De plus, les très grandes audiences et notoriétés n’ont pas échappé à beaucoup de marques qui y glissent de la publicité de façon subtile mais non moins efficace. Alimentant et validant ainsi cette culture de la violence.

Cette valorisation par le mal cible prioritairement une jeunesse déjà socialement fragilisée. C’est une mentalité qui attise chez des adolescents l’envie de prendre des risques à un âge où l’on n’a pas forcément conscience du danger. C’est aussi, très souvent, des paroles et des situations dégradantes pour les femmes. Ces tendances existaient déjà dans nos quartiers mais avec Internet, elles se sont amplifiées et interrogent des parents démunis face à des comportements provocateurs et sexistes qu’ils n’ont jamais enseignés à leurs enfants.

Par ailleurs, la rénovation urbaine et le changement d’identité qu’elle apporte aux quartiers perturbent nombres d’adolescents en construction qui se reconnaissent difficilement dans ce nouveau décor et dont ils se sentent parfois exclus. Avec la transformation urbaine, c’est tout un pan de l’histoire des quartiers qui disparaît. Ce qui est loin d’être anodin …

Un accompagnement éducatif bienveillant basé sur la confiance et la découverte d’une culture plus saine devrait être proposé en aide aux parents des quartiers populaires. Il faudrait aussi accorder à ces adolescents et jeunes adultes ainsi qu’à leurs ressentis, une réelle attention en leurs proposant par exemple, de s’exprimer à travers des ateliers audiovisuels, d’écriture …

« Prends pas ta vie pour une chanson parce qu’un beau jour tu vas danser sans sons »- Kerry James