Relogement : Après l’espoir, la désillusion puis la résignation …

Voilà bientôt 2 ans que l’annonce de démolition a été faite et pour moi, toujours pas de déménagement en vue. Et aujourd’hui, une immense déception …

En septembre 2015, nous apprenions que nos 2 bâtiments 520 et 530 à la Sauvegarde allaient être démolis. J’avais emménager seulement depuis quelques mois, avais tout repeins, monter mes meubles sauf ma chambre. Puisque nous allions être relogés, j’ai pensé qu’il vallait mieux qu’elle reste emballée. J’ai donc dormi pendant presque 2 années sur un minuscule canapé parce que j’allais déménager prochainement …

Aujourd’hui, à mon grand désarroi, je viens d’apprendre que le logement que j’ai visité et accepté en Novembre 2016 nous a été refusé pour une raison que je considère terriblement injuste et injustifiée. Je ne la détaillerai pas ici.

J’ai donc pris des résolutions :

  • Je ne donnerai plus une minute de mon temps pour un quartier (pas les habitants) qui me rejette après tant d’heures de vie et d’énergie généreusement offertes.
  • Je monte ma chambre et nettoie mes balcons laissé à l’abandon et aux pigeons puisque j’allais partir incessamment …
  • Je ne veux plus entendre parler de relogement, ni de réunions, ni de bénévolat …
  • Je ne souhaite plus visiter de logement pendant au moins 6 mois. J’ai besoin de me poser dans ma tête.
  • Je ne m’identifie plus à un quartier, ni à une cité ni à un lieu. Je suis Française, Algérienne et Citoyenne du monde et quand ma condition sociale me le permettra, s’il faut partir je le ferai sans aucun regrets. C’est moi qui l’aura choisi et ce sera pour évoluer dans ma vie inchallah.

J’ai compris durant tous ces mois «d’investissement» que les seuls vrais problèmes des habitants des quartiers populaires étaient la pauvreté, le manque de formation et le chômage. L’argent ne fait pas le bonheur mais il évite bien des problèmes …


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Les 500 !

Déchoir les préjugés – 4

Les « assistés » sont privilégiés


La pauvreté n’est pas un privilège. On ne s’y habitue jamais. On la supporte, en espérant en sortir chaque jour.

Et comme une guirlande d’épines autour du cou, la pauvreté a tout son lot de misère assorti : la précarité de l’emploi, du logement, les racismes, les problèmes de santé psychiques et physiques, les différentes formes d’exclusion …

Mais en plus de toutes les difficultés qu’elle génère, certaines personnes aimeraient nous mettre à terre, nous voir ramper et nous ôter jusqu’à notre dignité.

Un jour, une salariée administrative a dit à sa collègue au téléphone : « je suis face à une personne (moi) qui n’a aucun statut … ». Et elle parlait de moi comme si elle était seule et qu’il n’y avait rien, ni personne en face d’elle.

Une autre fois, une conductrice de bus à qui j’avais demandé un renseignement, s’était permise de me dire, agacée : « Je ne réponds pas aux assistés ». Pourtant, ma situation n’était pas affichée sur mon front et quand bien même j’avais été sans emploi. Est-ce que ça lui donnait le droit d’être agressive ?

Ce type d’anecdotes est régulier, sans compter toutes ces personnes qui vous parlent sèchement, parfois même sans vous regarder.

Face à ce genre d’attitude, il est nécessaire de : montrer à la personne qu’on a en face avec des mots, une attitude ou un regard, qu’elle n’est en rien supérieur. Généralement elle reprend sa place.

Pour moi ça fonctionne, et même si je reconnais être aujourd’hui plus facilement sur la défensive. Je n’autorise personne à toucher à mon intégrité ou à m’humilier. Ma dignité ne dépend ni du mépris, ni de la condescendance d’autrui.


Les « assistés » profitent du système


De quel système ? Je ne saisis pas bien le sens de ce mot et il m’intéresse peu. Je me sens plutôt prisonnière, maintenue dans un état contre mon gré. Je persiste à chercher un emploi malgré les refus systématiques. Je reste active et bénévole, travaille aux mêmes rythme et intensité qu’un salarié. A la seule différence que je ne suis pas rémunérée.

Malgré cela, j’ai envie de croire en l’avenir. Là où ça devient à la limite du supportable, c’est quand on observe, impuissante, ses enfants et ses proches souffrir et s’abîmer à cause de ce fléau et du « manque ».

Car même en répétant sans cesse que ce n’est pas la situation financière d’une personne qui en définit sa valeur et que la vraie richesse est humaine. Ça ne demeure qu’un murmure inaudible quand tout ce qui est autour montre froidement que « sans argent, tu n’es rien ».

 

 

La violence du relogement


C’est la seule insécurité que je subis aujourd’hui dans mon quartier. Récemment une personne que j’apprécie mais qui ne vit pas le délogement m’a dit « On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs » et « parfois pour l’intérêt commun il faut accepter les sacrifices ». Je lui ai répondu consternée : « mais là les oeufs c’est nous ! » et elle a répliqué « et bien oui ».

Sauf que, nous ne sommes pas des oeufs et encore moins une omelette et je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sacrifier pour un hypothétique intérêt commun. La fin ne justifie pas les moyens surtout quand les moyens employés à mon égard sont violents. Et puis je ne vois pas de quel intérêt commun on parle. Créer de la mixité sociale ? Bien.

Pourquoi ce ne sont jamais les populations les plus riches qu’on déplace !?

Pourquoi engage-t-on des frais énormes de communication (édulcorée) pour attirer les nouveaux arrivants et pourquoi pour nous faire partir on ne fournit pas autant d’efforts ni dans la forme ni dans le fond !?

Pourquoi se sent-on chassés, indésirables quand d’autres sont convoités et attirés !?

Pourquoi ça fait des mois que nous demandons en vain de visiter des appartements neufs ou récents alors qu’on organise des visites tous les jeudis après midi pour des balades dans le quartier !?

Pourquoi est-ce liberticide d’imposer aux nouveaux arrivants de mettre leurs enfants dans nos écoles : seule façon d’espérer une vraie mixité, et pourquoi nous impose-t-on de quitter nos logements !?

Pourquoi a-t-on déjà prévu (par exemple) une résidence CROUS pour les futurs étudiants et pourquoi nous annonce-t- on soudainement qu’on va être relogés sans que quasiment rien de neuf, ni de récent ne soit prévu pour nous !?

La liste de questions indignées pourrait être encore longue … Je trouve que c’est un trop gros sacrifice pour une hypothétique mixité sociale, encore plus pour une méthode qui 13 ans après le début du plan de renouvellement urbain (la phase 1) est loin d’avoir fait ses preuves … « Rénovation urbaine : arrêtez le massacre ! » (Article écrit par l’architecte-urbaniste en chef de l’Etat).

Nous ne sommes pas des meubles, ni du bétail … J’avais des projets, des rêves avant cette annonce de démolition. J’étais en train de créer mon entreprise de pâtisserie fine orientale. A la place j’ai mis ma vie en pause et beaucoup de mon temps et de mon énergie à la création d’un collectif « L’espoir des 500 ».

Ce collectif est né et a été reconnu : « un travail de co-construction associant les partenaires du relogement et les collectifs de locataires a été validé très récemment par l’état, les services de la métropole, et les bailleurs. Cette co-contruction permettra de décliner les principes de la charte du relogement dans le cadre de l’opération de relogement des immeubles 520 530 … »

Sauf que, pendant que toute l’assemblée aura son temps de vie indemnisé et bien nous nous devrons nous battre et négocier, réécrire une charte qui cette fois s’appellera protocole pour 0 € de l’heure et un temps de vie précieux perdu, alors que nous n’avons rien demandé … Pourquoi !? Leurs vies ont-elles plus de valeurs que les notres ?

Notre collectif « L’espoir des 500 » ne servira pas à conforter un travail de concertation sur papier uniquement. Nous subissons un préjudice et il doit être pris en considération.

Je tiens à préciser que certains locataires souhaitaient partir pour diverses raisons comme le surpeulement, le vieillissement du quartier et de certains logements … Mais que beaucoup ne souhaitaient pas déménager et ont engagé des travaux et des frais considérables. Si nous avions été au courant plus tôt, jamais nous n’aurions mis ces sommes ni cette énergie pour rien.

Pour finir et tout compte fait, je reste dans ce blog (je m’y sens mieux) pour parler aussi de ce relogement qui occupe une trop grande partie de mes pensées et donc de ma vie. Seuls les aspects techniques de l’organisation de notre collectif déménageront ici.


Déchoir les préjugés – 3


« Dans les quartiers, les dealers sont entièrement responsables du trafic de drogue. Ils en proposent à la sortie des collèges et des lycées à de jeunes innocents … »


1– C’est le « client » qui paie

Une entreprise dépend en très grande partie de ses clients. Et le trafic de drogue n’est autre qu’une entreprise. Parallèle et illicite certes mais son fonctionnement est similaire à celui d’un commerce classique. Tout ça pour dire que s’il n’y avait pas de clients et bien il n’y aurait pas de trafic !

C’est un peu simpliste comme raisonnement mais c’est injuste que tous les torts soient toujours et entièrement rejetés sur les dealers de cités et qu’on semble vouloir oublier qu’au bout de la « supply chain » il y a le client et qu’il est à lui seul un maillon essentiel de cette chaine diabolique.

2– Les « clients » viennent s’approvisionner au cœur du quartier

Récemment, je sortais de chez une amie qui habite une des zones du quartier les plus « malfamés » comme on dit. En sortant de l’ascenseur j’ai vu 2 jeunes blancs, portant encore leurs sacs à dos scolaires sortir de la cage d’escalier. Ils étaient âgés d’environ 16-17 ans et n’étaient pas du quartier. C’était des jeunes lycéens qui à première vue, d’après leurs coupes de cheveux et leur style vestimentaire pouvaient être scolarisés au lycée la Martinière Duchère. Je leur ai demandé s’ils habitaient le quartier d’un air inquisiteur. Ils m’ont répondu que non et sont partis rapidement, surpris par ma question.

Derrière eux, est sorti un autre adolescent pas plus âgé voire même plus jeune. Lui ne portait pas de cartable, n’avait probablement plus la chance d’être scolarisé et avait le teint plus basané. A leur attitude je suis quasiment sûre que ces 2 lycéens à l’aspect à priori au-dessus de tout soupçons étaient venus acheter leur consommation de shit. J’ai eu envie de leur dire d’aller acheter leur poison ailleurs tellement cette situation m’a mise hors de moi.

Il faudrait que les parents soient un peu plus au fait des actes de leurs enfants pas pour blâmer les jeunes du quartier qui eux sont déjà suffisamment ciblés et sous les projecteurs mais afin qu’ils surveillent un peu mieux leurs progénitures qu’ils imaginent peut-être innocentes et sans problèmes …

Qu’ils sachent que personne ne les force à venir dépenser leur argent dans les profondeurs de la Duchère. Qu’on ne vient pas le leur proposer devant le lycée comme beaucoup se l’imaginent mais qu’ils agissent de leur plein gré.

Et ce qui n’est que de l’argent de poche pour certains est une tentation cruelle pour d’autres : des enfants souvent déscolarisés ou en voie de déscolarisation, issus de familles pauvres et où les moyens manquent douloureusement. Enfin, cette demande extérieure bénéficie à un commerce toujours plus florissant qui plonge nos quartiers et certains de nos enfants dans l’impasse du trafic de stupéfiants.

S’il n’y avait pas de demande il n’y aurait pas d’offre et les dealers de cités ne forcent personne à venir acheter. J’ai fréquenté le collège Victor Schœlcher à la Duchère et on ne m’a jamais proposé de consommer cet illicite. La première fois de ma vie que j’ai vu une barre de shit c’était au lycée la Martinière Duchère. Et ce n’était pas les plus pauvres qui fumaient le plus, au contraire. C’était très souvent les plus riches qui achetaient régulièrement et fumaient fièrement du cannabis en toute impunité.

Que chaque personne qui fume un joint occasionnel ou régulier réalise donc qu’elle a une responsabilité dans le décrochage, la délinquance, l’incarcération … de nos enfants et dans le déclin de nos quartiers !

Déchoir les préjugés – 2


 « Les parents des cités sont démissionnaires »


« Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si vous ne faites d’abord des polissons »

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Crève … (de faim) !


Après cette mésaventure, c’est comme si l’on m’avait jeté cette phrase à la figure …  Ce mois-ci mon ex-mari a tardé à verser la pension alimentaire de mes enfants, je n’avais donc quasiment plus rien pour les nourrir …
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