Face à l’Amour

Vis-à-vis de ce sentiment qui chamboule et fascine, les réactions sont très variées d’une personne à l’autre, d’une situation à une autre … Mais qui n’a pas rêvé un jour de trouver l’Amour ? Qui l’a réellement trouvé ?  🙂

Aujourd’hui, je publie l’un des textes de Khadija. Je trouve qu’elle exprime de façon très pertinente et poétique, le paradoxe et les bouleversements douloureux que l’Amour peut parfois soulever dans l’esprit et dans la vie d’un être humain.

« L’amour me parait maintenant comme une montagne. Grande et immense. Elle m’impressionne, me fait peur. Me parait parfois un monstre, dépossédant les personnes qui le ressentent, de leur propre être, de leur propre cœur.

Moi qui avant en étais submergé, maintenant il me terrifie. Je le fuis où que je le trouve, fusse-t-il dans les méandres de mon esprit.

Je trouvais auparavant l’amour passionnel beau, touchant. Je m’en faisais une belle image, je me la représentais comme un soleil couchant sur le rivage. Et puis lorsque je l’ai ressenti, que je l’ai vécu, j’ai tout de suite voulu le fuir. Il n’était pas un bon hôte, et mon cœur souffrait en sa présence. Il le rendait malade, fou.

J’ai compris tout de suite que cette jolie chose avait un deuxième visage, un visage effrayant. Moi qui pensais que le vivre ferait de moi la plus heureuse, je n’ai été, à aucun instant prise d’un tel bonheur. Au contraire, je subissais son emprise sur ma personne, pleurant jour et nuit, ne pouvant me défaire de mon ennemi. Et j’ai appris à le côtoyer, en espérant un jour en être délivrée.

Et puis un jour, j’ai décidé de le fuir. De fuir ce bonheur qui me tuait, à petit feu. De fuir ce sentiment qui me mettait mal à l’aise, mal de l’être. Comme Jonas dans le ventre de la baleine, je me suis extirpée de ce monstre qui m’a gobée toute entière, m’avalant, me faisant disparaître de la réalité.

Piégée dans cette sphère à laquelle je ne voulais plus appartenir, je me sentais incomprise par moi-même, seule dans ma solitude devenue pesante. L’amour était mon ennemi, et j’étais devenue ennemie de moi-même. Je ne me comprenais plus, je ne me reconnaissais plus.

J’aimerais un jour ne plus avoir à la recroiser, cette montagne qui m’a tant fait peur. Mais comme on dit, il n’y a que les montagnes qui ne se croisent pas. Je ne suis pas une montagne, tôt ou tard je la retrouverais. »

Et puis, dans un autre de ses textes, elle exprime à merveille la passion, l’ivresse et le bien être qui peuvent animer un cœur et un corps amoureux.

« Laisse moi me noyer dans l’océan de ton amour, sur la plage de ton cœur je me nourrirais de ta chaleur. Ma peau halée, sera le résultat de l’exposition de ta lumière, me procurant un véritable bien être, sensation si particulière. Me plongeant dans la mer de tes yeux, débordant de larmes, les faisant briller tout deux. Ils luisent tel une lucarne, et embrase ma personne, ravivant la flamme. Flamme devenant un incendie, devant toi je brûle, devant toi je fonds, face à toi je vie. La flamme de la vie, l’eau qui ravive. Elle, ma mie, la plus que vive.
Sois eau que je te bois, afin que tu coule en moi. Sois flamme, que tu m’enflamme, je t’en prie deviens ma femme.
Braises douces, ta douceur me touche. Devant toi je succombes. Je ne souhaite plus rencontrer la tombe. Que je vive à tes côtés pour l’éternité. Qu’on soit amour amants et amitié. Que je me perde dans ton intimité. Vole moi mon cœur, afin que je puisse m’envoler. Volons tous les deux, âmes sœurs, errons dans les airs. Tu me fais décoller, avec toi je n’arrive plus à avoir les pieds sur terre. Sois ma terre, et mon ciel, mon rêve et ma réalité. Subissant la gravité, mon amour, je ne peux plus de toi me détacher. Sois ces ailes, soit elle. Sois celle qui me donnera des ailes. »

Regardons nous en face …

 


L’orgueil


Pas assez digne de ta compagnie

Tu vois les autres bien petits

Tu les supportes, les sous estimes

Ton mépris d’autrui creuse des abîmes

Ton sourire superficiel et ton opacité

Masque difficilement ton animosité

Du haut de ton illusion de grandeur

N’oublie pas que tu es humain, frère !

Et que l’orgueil, ce mal né de ton cœur

Ne t’apporte que tristesse et malheur

Tu te prends pour le seigneur des Rois

Bien que tu n’ais pas confiance en toi

Face à l’horreur …

Après la violence, je définis l’horreur avec mes mots. J’aimerais mettre en poésie quelques émotions, des sentiments … Décrire une réaction humaine face à des rencontres qu’elles soient affligeantes ou agréables. Et révéler ainsi notre Egalité. Parce que face à la vie, d’un humain à l’autre, nos réactions et ressentis sont souvent très proches.


Horreur


 

Horreur : cet indescriptible châtiment
Par habitude s’installe insidieusement
Ou encore surprends soudainement
Blessant parfois un être abjectement
Ou arrachant  une âme sœur de son corps
Celui qui n’en meurt pas n’est pas plus fort
Horreur : laisse des blessures invisibles à l’œil
Mais perceptible par le cœur en deuil
Grondant et murant à jamais le soleil
Horreur : Ce passé troublant le sommeil
Ou cet avenir incertain devant son seuil
Ce présent amer torturant chaque instant,
Dépossédant un vivant de tout sentiments
Violant un corps et pénétrant un inconscient
S’exprimant à travers un cauchemar récurrent
Pour finalement mettre au monde malgré soi
Ses deux enfants illégitimes : Phobie et Effroi

« A vif » : Le duel où Kery James défie les préjugés de tous bords …

En tournée dans toute la France, le célèbre rappeur français fait aujourd’hui du théâtre comme s’il avait été comédien depuis toujours. Hier soir, au Radiant (Caluire) et par le biais des Cités d’Or, j’ai assisté à sa pièce : « A vif ». A voir absolument avant d’aller voter !

C’est un spectacle qui émeut par son intelligence, met en lumière et secoue les préjugés conscients ou inconscients de chacun. C’était aussi, des spectateurs inattendus au théâtre : des jeunes de banlieues très attentifs et mêlés à un public mixte.

« L’état est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ? »

Il met en scène un concours d’éloquence entre 2 jeunes avocats : Yann Jarraudière et Souleymane Traore. Un duel oratoire entre un noir et blanc. Entre un riche et un pauvre. Le plus convaincant, le plus méritant des deux, accédera alors à un brillant avenir dans un grand cabinet d’avocat parisien.

Le sujet du concours : une question : L’état est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ?

Pour Souleymane (Kery James), les habitants issus comme lui de banlieues sont responsables de leur échec social. De même que la délinquance, selon lui, est un pur choix.

Yann (Yannick Landrein), issu d’un milieu aisé, quant à lui, met en cause la responsabilité de l’état, avec des arguments tout aussi pertinents et persuasifs que son adversaire.

Leurs plaidoiries sont tellement bien jouées et argumentées qu’il est extrêmement difficile de prendre parti pour l’un ou pour l’autre.

Ces 2 plaidoyers m’ont évoqué, entre autres, les 2 états entre lesquels on oscille souvent. Pris entre le défaitisme et l’envie de baisser les bras face à la fatalité et l’adversité puis entre l’espoir et la volonté de s’en sortir malgré tout …

Mon avis d’habitante de quartier à la question posée :

On ne peut nier que les difficultés dans un quartier sont bel et bien là, telles une force qui nous tire et nous maintient vers le bas. Il règne souvent une ambiance malsaine et délétère dans nos quartiers. Une influence dans laquelle baigne beaucoup de jeunes (et moins jeunes) au quotidien. Un milieu certes, mais surtout un état d’esprit qui enferme sévèrement une jeunesse sans repères.

S’il n’est pas impossible de réussir socialement quand on est issu d’un quartier, il nous faut fournir bien plus d’efforts et contourner beaucoup plus de difficultés qu’ailleurs. Des obstacles comme : la ségrégation spatiale, la discrimination ethnique, un niveau scolaire et d’enseignement plus bas que dans les zones plus aisées …

Cela dit, la société n’est pas la seule responsable de cet empêchement. Parfois, les contraintes sont culturels. Très souvent, elles émanent des personnes elles-mêmes. Dans nos quartiers nous sommes souvent frappés de désespoir et limités par des barrières mentales avant toute autre difficulté.

Enfin, si la réussite sociale demeure une exception pour les personnes issues de cités sensibles, la réussite humaine, quant à elle, est possible et accessible à tous. Si la pauvreté suscite une tentation plus grande vers l’illicite et l’illégal, personne ne nous force à y céder. Si nous ne sommes pas responsables de notre pauvreté matérielle, nous sommes en revanche entièrement responsables de nos actes d’incivilités et de délinquances.

Partout en France, on peut être pauvre et bon, riche et con et inversement … L’ascension sociale demeure encore difficile dans nos quartiers mais l’Humanité et la Bêtise sont quant à elles universelles et démocratiques …

Elle blesse toujours …

Par sa force apparente elle pense maitriser sa victime

Elle révèle pourtant la faiblesse de ceux qu’elle domine

La violence est une morsure pernicieuse

Une brulure furieuse qui se répand et creuse

La peau, la chair, puis dans le cœur elle se loge

De la haine et des rancœurs, elle y fait l’éloge

Ses ravages silencieux n’en sont pas moins douloureux

Et ses dommages par-delà les bleus font bien des anxieux

Ses coups invisibles n’en sont pas moins affligeants

Et son venin persiste au-delà du sang, à travers le temps

Qu’on la provoque ou qu’on la subisse, A-t-elle un remède ?

Sans équivoque, contre l’Injustice, on a tous besoin d’aide …

Ecrire c’est vivre !

J’ai voulu faire un  billet sur l’écriture et ses vertus. Mais ce sont ces vers qui me sont venus à l’esprit. Deviendrais-je poétesse ? 🙂 En tout cas, je trouve que la poésie peut exprimer en quelques lignes ce que de longs textes ne peuvent révéler …

 

Ecrire c’est vivre !

 

J’ai retrouvé mes vieux cahiers
De l’horreur ils témoignaient
L’encre a gravé le passé,
Lors d’un présent blessé
En les relisant je souris,
Parce que c’est bien fini
Avec espoir vers l’avenir
Je continue à écrire,
Déroulant le fil de nœuds
Qui persistent en mon âme
Je libère peu à peu
L’enfant,la femme,la flamme

Les médias et les flammes de nos cités

La semaine dernière (le 12 janvier), j’ai eu la joie de participer à une table ronde par le biais du médias Rue 89 Lyon et de la Médiathèque de Vaise (Lyon 9), dans le cadre de l’évènement : « Démocratie« .

Le thème était : « Les blogs, une autre manière d’informer sur les quartiers populaires »

N’étant pas journaliste, je me suis exprimée en tant qu’habitante de quartiers populaires et j’ai pu, notamment, donner mon avis au sujet des médias classiques. Très souvent, ils parlent de nos quartiers seulement lorsque ça s’enflamme ou s’effondre. Autrement dit quand c’est spectaculaire …

Pour illustrer mon propos, j’ai évoqué le relogement à la Sauvegarde. Voilà plus d’un an que l’annonce de la démolition de nos 2 bâtiments s’est faite sans que (quasiment) personne n’en parle. Cela n’aurait pas été bien grave si en contrepartie les incendies et les autres faits violents n’étaient pas abondamment relatés.

L’information vis à vis de nos quartiers est très déséquilibrée : quasiment inexistante sauf pour les faits dramatiques. Cette image de violence nous colle inlassablement et se répercute sévèrement sur nos vies. Et quand, par exemple, nous n’arrivons pas à trouver un stage ou un emploi, c’est très souvent lié à cette étiquette laide, effrayante et injuste.

Actuellement en mode poète 🙂 , cette situation m’a inspirée ces quelques vers …


Les Misérables & les flammes


Les misérables des 500
Vivent dans de vieux bâtiments
Ils n’intéressent personne
Ils attendent un déménagement
Quand enfin l’heure sonne
Ils s’en vont sagement
Nettoyant un quartier
De sa misère et sa pauvreté
Dans l’anonymat et l’oubli
Ils quitteront leurs vies
En débarrassant la ville
De la gêne et l’ennui
Ils vivent à la Sauvegarde
Et personne ne les regarde
Mais si l’incendie dégrade
Les feux des médias s’allument
De ces flammes d’amertumes
Les malheureux sont lucides
Et soucieux de ces paroles vides
Aux brûlures vives et morbides
Les cruels et vautours cupides
Aux misérables jamais ne s’abaissent
Sinon pour les enclaver sans cesse

Poèmes : La guerre parlant à l’homme

Mon éclosion enflamme un désaccord
Mon cheminement instaure la terreur
Mon dénouement est jonché de corps
Et mes histoires sont de vraies horreurs
Je suis la guerre cette épouvante
Celle qui trahit toutes vos attentes
Quand de nouveau vous m’acclamez
Je prépare lourdement mon armée
Avant de montrer ma laideur
Je prétexte vos belles valeurs
En ciblant vos vieilles rancœurs
Avec mes gants de velours je me glisse
Pas à pas, doucement je me hisse
Et dans un fracas me revoilà !
Je gronde et frappe çà et là
Je suis la guerre cette meurtrière
Celle que vous aviez bâti naguère
Je renais depuis la même colère
Je foudroie, décime et déracine
M’abats, châtie et assassine
En déversant l’hémoglobine
J’arrache les têtes, les bras …
Peu importe tout me va
Je me nourris de vos larmes et cris
Et de vos familles j’enlève la vie
Rien ne résiste à mon passage
Ni le vieux, ni l’enfant, ni le sage
En voulez-vous davantage ?!
Etes-vous marqué par l’oubli ?!
Il faut donc croire que oui !
L’histoire n’a pas servi vos consciences
Je progresse même avec la science

Poèmes : Le cancre et sa plume

Ces dernières semaines je me passionne de poésie. J’aimais déjà beaucoup la lire. Aujourd’hui je m’essaie à l’écrire. Par simple plaisir et sans aucune méthodologie.

J’ai donc crée une  catégorie « Poèmes » dans mon blog. J’y publierai mes poésies et occasionnellement celles d’autres personnes issus de quartiers populaires mais pas seulement. L’un de mes objectifs avec ce blog étant de valoriser les personnes comme moi issus de ces quartiers sans pour autant les isoler. « Je suis la norme et la différence » comme l’exprimait très bien Khaoula dans son beau poème « JE SUIS TOI » 

Je souhaite à tous une excellente année 2017 !  

Safya  dla Duch’


Le cancre et sa plume

 

Le beau, très peu l’inspire

Il aime le voir, le ressentir

Mais ne sait point l’écrire

Encore moins le décrire

La laideur et l’horreur quant à elles

Libèrent la plume de l’élève et ses ailes

Elles délivrent amplement son encre

Soulageant le pauvre cancre

De la page et des nuits blanches

L’enfant craintif par revanche

S’arme de sa plume et défie le noir

Pour ne plus faire de cauchemars

Il corrige, colore, pensif et avide

Panse ses plaies et remplit son vide

Gommant ses maux accusatoires

Quelques instants face au miroir

 

La street, le Tieks, le Bendo … Et le RAP inconscient

Le RAP Français ne cesse de s’appauvrir laissant souvent place à de jeunes (et moins jeunes) rappeurs se valorisant à travers des attitudes et des paroles violentes et provocatrices. C’est malheureusement la culture que revendiquent fièrement et de plus en plus tôt beaucoup d’adolescents de quartiers pauvres et populaires.

La cité.jpg

Les motos, les armes, le sexe, la drogue, les femmes objets, la défiance vis-à-vis de la police et de l’autorité … Sont revendiqués sans aucunes gênes et tout à fait librement … Tous ces sons rythmés et très séduisants font des millions voire des dizaines de millions de vues à chaque nouvelle publication. Beaucoup de jeunes aiment leurs quartiers de cette manière et s’y attachent avec cette identité. En pensant ainsi être valorisés et reconnus. Ces chanteurs ont-ils conscience de l’impact de leurs mots sur nos vies et celles de nos enfants ? Ou bien ont-ils fait de notre misère un commerce ?

En tant que parents nous sommes inquiets face à cet engouement dont les objectifs sont purement commerciaux. De plus, les très grandes audiences et notoriétés n’ont pas échappé à beaucoup de marques qui y glissent de la publicité de façon subtile mais non moins efficace. Alimentant et validant ainsi cette culture de la violence.

Cette valorisation par le mal cible prioritairement une jeunesse déjà socialement fragilisée. C’est une mentalité qui attise chez des adolescents l’envie de prendre des risques à un âge où l’on n’a pas forcément conscience du danger. C’est aussi, très souvent, des paroles et des situations dégradantes pour les femmes. Ces tendances existaient déjà dans nos quartiers mais avec Internet, elles se sont amplifiées et interrogent des parents démunis face à des comportements provocateurs et sexistes qu’ils n’ont jamais enseignés à leurs enfants.

Par ailleurs, la rénovation urbaine et le changement d’identité qu’elle apporte aux quartiers perturbent nombres d’adolescents en construction qui se reconnaissent difficilement dans ce nouveau décor et dont ils se sentent parfois exclus. Avec la transformation urbaine, c’est tout un pan de l’histoire des quartiers qui disparaît. Ce qui est loin d’être anodin …

Un accompagnement éducatif bienveillant basé sur la confiance et la découverte d’une culture plus saine devrait être proposé en aide aux parents des quartiers populaires. Il faudrait aussi accorder à ces adolescents et jeunes adultes ainsi qu’à leurs ressentis, une réelle attention en leurs proposant par exemple, de s’exprimer à travers des ateliers audiovisuels, d’écriture …

« Prends pas ta vie pour une chanson parce qu’un beau jour tu vas danser sans sons »- Kerry James