Relogement : Ce n’est qu’un déménagement …

Annonce de la démolition de nos bâtiments : 2015, suivie de 2016, 2017, 2018 et voici 2019 qui pointe avec tout l’espoir que peut offrir la perspective d’une nouvelle année. Une fois la page de mon relogement tournée, j’aimerais écrire sur des sujets plus optimistes et pas forcément liés aux quartiers « prioritaires ». Mais ce qui à la base ne devait être qu’un simple déménagement a pris toute la place dans nos vies, alors voici la suite de ce relogement  …

Lire la suite de « Relogement : Ce n’est qu’un déménagement … »

La colère est l’alliée du pauvre

La colère est un sentiment légitime et sain qui permet parfois de rester en vie et de continuer à avancer à contre-courant dans un environnement impitoyable.

Face aux difficultés d’un quotidien fragilisé et dans un quartier en pleine gentrification, deux possibilités s’offrent à nous : nous laisser emporter par le désespoir ou bien lutter bec et ongles pour notre survie.

Il m’est arrivé à plusieurs reprise de voir des personnes se disputer pour donner une définition de ce qu’est la « vraie » pauvreté. Selon moi, il n’y a pas une seule description mais la pauvreté peut revêtir milles visages. La pauvreté en France ne ressemble pas à celles des pays du tiers monde ou d’ailleurs.

La pauvreté n’est pas un état figé dans lequel on se complaît. Les pauvres ne sont pas des fainéants. Le RSA ou les aides sociales n’ont rien d’attrayant. Ils permettent tout juste de survivre et encore. Le pauvre peut aussi être salarié, au chômage ou ne rien percevoir.

Si elle ne bascule pas dans la violence, toute colère est selon moi sensée et légitime. Le déni de la souffrance de l’autre est une une douleur supplémentaire qu’on lui inflige.

La pauvreté est un processus dynamique, une lutte perpétuelle pour garder la tête hors de l’eau.

En images, Etre pauvre :

C’est avancer à contre courant dans une rivière en crue.
Et tenter de maintenir sa tête hors de l’eau.
Quand on pense avoir atteins bientôt le rivage, le courant reprend de plus belle.
On est alors tenté de se laisser emporter, épuisé par cette force surnaturelle.
On touche parfois le fond, on se noie, on étouffe, alors on se démène.
On ressort la tête reprend son souffle mais le courant est puissant.
On avance un peu mais on recule presque autant.
Et ainsi de suite … Jusqu’à la rive ou bien jusqu’à l’épuisement.

Relogement : Sans commentaires

Quelques mots quand même 🙂 Lire la suite de « Relogement : Sans commentaires »

Relogement : Dans l’obscurité 1/2

Les lumières des logements qui se libèrent s’éteignent une à une. Les lumières de mon logement s’éteignent aussi. Et pourtant j’y vis encore …

Les 2 maudits convecteurs prêtés par notre généreux bailleur ont fait sauter 2 des fusibles. Il n’ y a plus de lumières ni dans la cuisine, ni dans le salon, ni dans la salle de bain, ni dans les toilettes. Je n’ai pas de fusibles de rechange.

Je n’écris pas pour me plaindre mais pour continuer de faire l’état des lieux de ce que peut être un relogement dans le cadre de la rénovation urbaine. Les paroles officielles, comme les promesses que l’on nous a tenu jadis ne feront jamais ce type de récit.

Pourtant cette réalité, nous la vivons mes enfants et moi. Et je suis convaincue que nous ne sommes pas les seuls.

Voici un mail écris le 9/10 . Je n’ai eu cesse d’écrire et de demander de l’aide un peu partout. En vain.

Objet : Un relogement qui vire au cauchemar

Monsieur xx xxxxx,

J’arrive au terme de ce qui m’est humainement supportable. Cet épisode du chauffage peut paraître anecdotique. Mais ce sont toutes ces choses graves et moins graves, mises bout à bout qui m’épuisent et qui menacent mon équilibre familiale déjà fragilisé.
La dernière fois que vous aviez eu l’amabilité de me recevoir. Vous m’aviez dit qu’en octobre je devrais avoir déménagé. Nous sommes bientôt à la mi octobre et aucune proposition ne m’a été faites. Je souhaite déménager au plus vite. Cette situation n’est plus supportable pour mes enfants. Mon fils de 10 ans me répète chaque jour, on déménage quand nous aussi ? Je refuse que nos vies soient sacrifiées même pour la cause la plus noble qui soit.
Je sollicite urgemment votre aide.

Jeter une bouteille à la mer serait certainement plus efficace.

 

Relogement : Une chenille dans son confort

Si ce n’est pas l’usure qui est visée, ça y ressemble fort …
Bientôt seule mais je m’en sors, telle une chenille dans son confort.
Mais quel serait mon crime ? Ma liberté de parler ou d’écrire ? Lire la suite de « Relogement : Une chenille dans son confort »

Relogement : Conseils et Espoirs

S’accrocher à la vie pour ne pas sombrer avec un immeuble en fin de vie
Fermer les yeux et taire des émotions lancinantes, les étouffer dès l’origine.
Fuir ses propres pensées. Ne surtout jamais laisser la peur ouverte.
Fuir les étages d’une allée aux portes glacées et blindés. S’enfermer en soi.
Bercer ou berner son monde d’illusions. Ne plus voir que l’espoir.
Le laisser inonder l’atmosphère pesante,
Éclairer les ombres terrifiantes d’un défunt quartier.
Ouvrir un courrier qui rappelle qu’au bout de 3, il n’y a plus de choix.
Mais fuir et rire chaque jour vers l’avant. Se barricader d’optimisme.
Toutes les lumières finiront par s’éteindre, mais l’hiver touche à sa fin.

Relogement : la fin est proche …

Le quartier se vide. L’ambiance y est de plus en plus glauque. Nous ne sommes plus que 2 familles dans mon allée. A chaque nouveau départ, la porte d’entrée est remplacée et scellée par une espèce de « fermoir » blindé.  Il ne reste que 2 à 3 familles par allée en moyenne (10 familles autrefois). Une allée entière est déjà complètement vide et condamnée : La 530.

20171028_234701.jpg

2 années auparavant, les habitants, nos rideaux colorées, nos lumières … éclairaient et égayaient les façades de ces 2 immeubles se faisant face. Aujourd’hui, la plupart des appartements sont éteins et l’obscurité de l’un se reflète sur le sinistre de l’autre.

Malgré cela et en dépit des difficultés que nous avons eu à traverser, je suis fière d’avoir été témoin de cette disparition silencieuse, d’avoir vécu cette profonde transformation dans l’antre d’un vieil HLM au cœur d’un quartier qui change radicalement. Je suis satisfaite aussi d’avoir décris une petite parcelle de l’histoire de notre relogement quand très rares sont ceux qui s’y sont penchés. Lire la suite de « Relogement : la fin est proche … »

Quand le logement devient source d’instabilité et de colère

La colère : un incendie à éteindre


« La colère est très mauvaise conseillère », pourtant chacun de nous a déjà agi sous son effet et alors toutes les contrariétés, toutes les injustices du quotidien deviennent des prétextes qui s’accumulent et déferlent avec l’effusion d’une rage trop longtemps contenue.

En période de crise, la raison n’a plus vraiment sa place. Ces 3 dernières semaines ont été pour moi cataclysmique et j’ai vraiment ressenti une haine qui sort des tripes avec une envie de tout démolir.

Au vu de la gravité du danger auquel nous avons été exposés, j’aurais aimé que les responsables de notre intoxication au monoxyde de carbone passent devant le juge, en comparution immédiate. Mais ce n’est jamais comme cela que ça se passe et il faut apprendre à vivre avec ce (res)sentiment d’injustice.

L’écriture spontanée est pour moi une véritable thérapie et une source d’équilibre et d’accalmie. Elle a été une perche de secours et m’a permis de m’accrocher durant cette période extrêmement houleuse. Les lignes, ci-dessous décriront la turbulence que nous avons traversé.

Lire la suite de « Quand le logement devient source d’instabilité et de colère »

Relogement : Après l’espoir, la désillusion puis la résignation …

Voilà bientôt 2 ans que l’annonce de démolition a été faite et pour moi, toujours pas de déménagement en vue. Et aujourd’hui, une immense déception …

En septembre 2015, nous apprenions que nos 2 bâtiments 520 et 530 à la Sauvegarde allaient être démolis. J’avais emménager seulement depuis quelques mois, avais tout repeins, monter mes meubles sauf ma chambre. Puisque nous allions être relogés, j’ai pensé qu’il vallait mieux qu’elle reste emballée. J’ai donc dormi pendant presque 2 années sur un minuscule canapé parce que j’allais déménager prochainement …

Aujourd’hui, à mon grand désarroi, je viens d’apprendre que le logement que j’ai visité et accepté en Novembre 2016 nous a été refusé pour une raison que je considère terriblement injuste et injustifiée. Je ne la détaillerai pas ici.

J’ai donc pris des résolutions :

  • Je ne donnerai plus une minute de mon temps pour un quartier (pas les habitants) qui me rejette après tant d’heures de vie et d’énergie généreusement offertes.
  • Je monte ma chambre et nettoie mes balcons laissé à l’abandon et aux pigeons puisque j’allais partir incessamment …
  • Je ne veux plus entendre parler de relogement, ni de réunions, ni de bénévolat …
  • Je ne souhaite plus visiter de logement pendant au moins 6 mois. J’ai besoin de me poser dans ma tête.
  • Je ne m’identifie plus à un quartier, ni à une cité ni à un lieu. Je suis Française, Algérienne et Citoyenne du monde et quand ma condition sociale me le permettra, s’il faut partir je le ferai sans aucun regrets. C’est moi qui l’aura choisi et ce sera pour évoluer dans ma vie inchallah.

J’ai compris durant tous ces mois «d’investissement» que les seuls vrais problèmes des habitants des quartiers populaires étaient la pauvreté, le manque de formation et le chômage. L’argent ne fait pas le bonheur mais il évite bien des problèmes …


wp-1490130935866.jpg
Les 500 !

Relogement : mon diagnostic personnalisé

Je ne critique pas Grand Lyon Habitat dans sa globalité, je les préfère même à d’autres bailleurs et à certaines régies privées, mais je me dis qu’ils ne se rendent peut être pas compte de ce que le relogement suscite chez un relogé, car moi-même je ne le savais pas avant de le vivre.
J’ai été un peu agacée par cette idée d’un premier diagnostic et par la formulation rapide de 3 souhaits … Alors quand j’ai reçu la grande enveloppe qui contenait mon dossier de relogement je l’ai ouverte et mise de côté.
Mais même si je ne voulais pas y penser dans l’immédiat mes voisines me le rappelaient tous les jours : « t’as vu les consultantes ?» ce à quoi je répondais «non j’ai pas encore appelé » … Et puis le 27 octobre j’ai reçu un courrier m’avertissant que l’une d’elle était venue chez moi, mais je n’y étais pas (on ne m’avait pas prévenue avant). Une semaine plus tard je venais de récupérer mon enfant à l’école et j’étais en bas de mon allée lorsqu’une dame en est sortie et la voisine avec qui je discutais m’a dit : « C’est elle la consultante ! » Alors je l’ai interpellée et elle m’a dit : « Ah ! c’est vous Mme … Je descends justement de chez vous » je lui ai alors répondu d’un air agacé « et bien non je n’y étais pas puisque j’ai été chercher mon fils à l’école» …
Bref, j’ai compris qu’il fallait que j’appelle pour me faire diagnostiquer. Dans un élan de courage et de lucidité, j’ai envoyé un mail à la consultante d’Apertise Conseil; celle que j’avais rencontré lors de la réunion « les investis de Chicag» oups de «l’Alizé» » . Je lui ai écrit que comme elle m’inspirait plutôt confiance j’aimerais avoir affaire à elle. Elle me rappela le jour même mais nous convînmes d’un rendez-vous avec une de ses collègues.
Elle m’a rappelée que GLH avait des impératifs à respecter, je lui ai alors répondu que moi aussi j’avais des impératifs et que nos vies étaient tout aussi importantes. Je lui ai dit que mon but n’était pas de me révolter ou de créer des problèmes, mais tout simplement de protéger ma famille. Elle a tenté de me rassurer mais cette fois ci ça n’a pas vraiment été le cas.
Ils nous ont annoncé hier qu’ils allaient détruire nos logements et aujourd’hui je dois déjà formuler un choix. Je ne ferai pas les choses dans la précipitation. NOS VIES ONT AUTANT DE VALEUR QUE CELLES DE N’IMPORTE QUI D’AUTRES !
Et puis je ne sais pas encore ce que je veux. Et ma situation sociale n’est pas définitive. Je souhaite élever mon niveau de vie, afin d’offrir une vie meilleure à mes enfants. C’est vrai ! Pourquoi devrais-je à nouveau déménager dans un vieil immeuble ? Quel intérêt ai-je à emménager à nouveau dans du vieux ? Tous ces éco-immeubles flambants neufs construits sous nos yeux dans des chantiers bruyants me donnent envie et j’aimerais pouvoir y vivre aussi … Malheureusement aujourd’hui mes revenus ne me le permettent pas, alors je dois absolument œuvrer pour améliorer nos vies et pour ça je dois me former et trouver un travail.