La chemise de Mohsine et l’origine de Dounia

Résignée, Dounia s’affairait sur la coquette chemise de son frère, ruminant nerveusement les mots tranchants de Khadra ainsi que sa douleur lancinante à l’épaule droite. Pourquoi Mohsine la battait-il toujours, à cet endroit ?! Parfois, elle avait presque envie de lui demander de le faire ailleurs tant la zone était meurtrie jusqu’à l’os et noircie par les dépôts de sang. En réalité, elle souhaitait qu’il ne la frappe plus du tout. Prise de chagrin pour elle-même, ses larmes ruisselèrent de nouveaux, se mêlant à l’épaisse vapeur du fer à repasser. Dans sa besogne, son esprit s’échappa loin, très loin … Dans un petit village d’Algérie, au creux d’une vallée barricadée par des montagnes aux fôrets luxuriantes de pinèdes et cyprès et bordée d’imposantes falaises tapis d’une végétation aux milles couleurs et parfums du sud. C’était une bourgade reléguée, isolée du monde mais ouverte sur l’horizon azur et infini de la Méditerranée. La mer semblait avoir été offerte à ses habitants comme fenêtre et issue face à l’étreinte des hauteurs écrasantes. Dounia y retraçait les traits de sa défunte mère qu’elle n’avait connu qu’en photos noir et blanc. La jeune fille se réconfortait souvent avec les mots imaginaires d’une maman douce et aimante. Une femme que la vie n’avait guère épargnée et qui avait fini par rendre l’âme à la naissance de sa seule enfant. « Je dois porter malheur pensa Dounia et puis pourquoi Maman m’a-t-elle appelée ainsi ?  Sa Dounia*, sa vie, a été tellement rude ! ». Khadra, qui avait été la meilleure amie de Rania*, en parlait toujours avec un sourire ému aux larmes. Les années et les épreuves avaient glissés sur cette femme, polissant une âme déjà pure et aiguisant une beauté toujours plus radieuse dont Dounia était l’héritière.

Dans 2 jours ce sera la rentrée, Dounia ouvrit son armoire et scruta avec lassitude une garde-robe qui ressemblait sensiblement à l’ancienne collection de son frère. Elle en retira un survêtement et un polo aux teintes délavées et tristes, les repassa dans la foulée et les remis soigneusement à l’endroit où elle les avait pris …

 

*Dounia : Vie ici bas
*Rania : La riche (humain et matériel)
*Mohsine : Bienfaiteur  🙂

Le Monstre du quartier et la spirale infernale …

Aujourd’hui, j’ai une pensée émue pour des jeunes qui à peine sortis de l’adolescence, entrent en prison. Je ne leur trouve pas d’excuses comme on a pu me le reprocher. J’ai simplement beaucoup de peine de les voir gâcher leurs potentiels, leur jeunesse, leur vie … Lire la suite de « Le Monstre du quartier et la spirale infernale … »

Laisse Béton

Après quelques semaines de pause, je reviens avec un récit poétique écrit par Mamoudou, un habitant engagé et passionné par l’histoire et le patrimoine de son quartier : le Val Fourré sur la commune de Mantes-la-jolie en Île de France.

Mamoudou, 36 ans, y raconte SA cité pourtant ses mots ont fait écho en moi, éveillant des émotions assoupies et des souvenirs de vie à peine enfouis.

Béton, quel est ton secret ? Je vous laisse le découvrir ici … Lire la suite de « Laisse Béton »

Relogement : J’en peux plus !

« Ne ressens la braise que celui qui marche dessus ».

C’est un proverbe (du bled) qui image parfaitement l’impossibilité pour l’autre de ressentir une douleur pourtant bien réelle.

Si pour certains le relogement est une opportunité. Pour d’autres comme moi c’est une situation qui s’enlise et qui déteint sur tous les aspects d’une vie en pause. Je rappel que l’annonce de démolition a été faite le 17/09/2015.

Depuis, je n’ai eu qu’une seule proposition qui a très mal tournée … Récemment, j’ai appris avec inquiétude qu’il y avait un délai réglementaire à partir duquel, on serait forcé d’accepter ce qu’on nous proposera (après 3 refus). J’espère ne pas en arriver là.

Je souhaite force et courage à tous les pauvres des quartiers populaires et d’ailleurs. L’hiver est rude mais le printemps finit toujours par arriver …

 

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Dounia : La mémoire d’une huître

Louis avait fait miroiter à Dounia le bonheur, le renouveau et l’Amour sans frontières, ni limites. Ce fut en réalité, un amour sans couleurs à sens unique. Elle finit par être la bonne à tout faire familiale, essuyant les caprices et les colères d’une mère autoritariste en plus d’être l’objet de tous les fantasmes d’un bourreau pervers. Un homme glacé qui n’avait de rêves à offrir que sa plastique.
La fin de cet épisode amer lui inspira des vers qu’elle se hâta de graver à jamais. Fondant en larme sur son journal intime, son compagnon de toujours. Celui face à qui elle dévoilait tous les recoins de son âme. Lui, la comprenait comme personne, avec ses mots à elle, ses ratures, ses blessures … Dans un élan d’espoir, elle se sentit l’âme d’une huître perlière, une jolie coquille de nacre, pleine. Elle avait lu un jour, qu’elle avait le pouvoir de transformer un éclat intrus, un grain de sable indiscret, en perle précieuse …  

La mémoire d’une huître

Dire « Je T’aime » puis s’en défaire
Se retirer comme les vagues, la mer
Et son écume abondante éphémère
Lavant les doux écrits d’un sable chaud
Les nuits d’un amour aveugle et sot
Et de nouveau s’échouer sur des maux
Déployer sans cesse des tourmentes,
Houleuses traitres et rafales violentes
Des paroles aiguisées et amères,
Brisées, ciblées dans les fonds d’une mère
Une femme jetée sur les écueils d’une vie
Ame innocente déjà meurtrie,
Devenue huître perlière, aguerrie
Priant : « Dieu, Pardon et Merci ! »
Les pics feront perles précieuses utiles
Elles laisseront des traces indélébiles
Sur les sillons d’un cœur déçu, labile
Dans un corps déchu rendu fragile
Ce n’est pas la mer à boire pensait-t-il !
Non, pour lui, ce fut une simple histoire futile
Pour elle, une trêve, la fin d’une douloureuse obéissance
Une triste réalité mais un nouveau cap vers l’espérance …

Elle se répéta, consciente, « Cette fois, je ne reproduirai pas, je ne reproduirai pas … Je me le promets ». Mais tout au fond d’elle-même une petite voie à peine audible lui glissa : « Tu n’as pas de chances, tu es née pour souffrir Dounia ». Elle l’étouffa en raisonnant à voix haute « La chance n’existe pas !» …

Aux petits frères du tiek …

Ce soir, je publie le texte d’un jeune habitant du quartier Grande Synthe à DunKerque. Hakim est un blogueur et un écrivain talentueux. Son texte, un message à ses « petits frères du tiek » m’a émue par sa sincérité et sa bienveillance. C’est le genre de message qui peut éclairer des adolescents, en quête de sens et de repères. Des jeunes parfois perdus en eux même.


Mes petits frères du tiek : vous êtes en mission


De base, je suis quelqu’un de timide et réservé. Il m’a fallu pas mal de temps pour oser demander un renseignement à un passant dans la rue, et plus jeune, même mes amis trouvaient que j’étais trop silencieux. J’aime tourner en dérision ma dégaine de mec sans dégaine, je surenchéris souvent quand mes potes me charrient. J’ai tantôt trop peu d’estime de moi, tantôt trop, et il est possible que cette entrée en matière ne soit elle-même que fausse modestie. En résumé, je n’ai pas le profil du leader charismatique qui distille des sagesses du haut de sa contemplation. Pourtant, depuis une décennie, je me sens en mission. C’est cette mission qui m’amène aujourd’hui à écrire à mes petits frères. Lire la suite de « Aux petits frères du tiek … »

6 T D’ailleurs

« 6 T D’AILLEURS », c’est la nouvelle série de ce blog. Elle réunira des textes : récits, témoignages, poèmes … De personnes issues de cités mais aussi d’ailleurs ( Cités d’ailleurs & Si t’es d’ailleurs … 🙂  ).

C’est ouvert à tous parce que j’ai toujours à cœur de valoriser les habitants des quartiers populaires sans pour autant nous isoler. « Je suis la norme et la différence » comme le disait Khaoula dans son poème « JE SUIS TOI ». Ouvrir, s’ouvrir aux autres, et découvrir la France au delà des frontières et des barrières mentales !

Je commence avec le poème saisissant de Younous 35 ans. Il se décrit comme : « habitant la cité du VAL FOURRE à MANTES LA JOLIE exerçant le métier de bon samaritain socialement responsable. » Lire la suite de « 6 T D’ailleurs »

Le Mal de nulle part

Ce soir, je publie le témoignage de Yasmina, 37 ans. Un récit dans lequel d’autres, j’en suis certaine, se reconnaîtront complètement …

« J’ai le mal de nulle part, le mal de n’être jamais à la bonne place. C’est vouloir s’accrocher quelque part, à une origine, à une histoire mais ne pas savoir à laquelle. J’ai bien une culture comme tout le monde mais elle est à cheval entre 2 rives. Et puis elle n’est pas vraiment reconnue, pas clairement identifiée, d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée. Parfois même illégitime. Ma culture est hybride. Anormale ? Lire la suite de « Le Mal de nulle part »

Temporiser et semer les graines de l’Amour

Le printemps d’un Amour

Toute l’eau ne suffirait à éteindre les braises de mon cœur qui se consume d’amour. La distance, ton absence m’éloigne chaque jour du décret sur ta vie

De cette nuit qui a fait germer dans l’obscurité de mon être et de ses cendres a fait renaître : l’espoir, la fleur la plus pure 

L’éclat qui fait sourire à l’aube, éblouir après un long chemin d’hiver. L’hymne à un printemps, un bourgeon, une éclosion murmurant : Je t’aime à la folie, passionnément


C’est le poème qu’a écrit le Sultan à Shéhérazade des milles et une nuit. Dans le célèbre conte, cette femme a su désamorcer la colère du Sultan et temporiser, puis, déjouer son sort grâce à son ingéniosité et celle de sa sœur. Elle a ainsi sauvé toutes les jeunes filles du royaume d’une mort cruelle et certaine en cultivant chaque jour les graines de l’espoir et de l’amour dans le cœur meurtri de son bien aimé …

En réalité ce poème est le fruit de mon imagination. Avec toute cette agitation électorale, je me suis évadée loin dans l’espace et le temps. J’ai aussi souhaité exprimer à travers ces vers l’Amour, la Renaissance et l’Espoir après le chaos et les cendres

Et pour revenir à la réalité, je trouve qu’il y a tellement d’initiatives positives (si on regarde le verre à moitié plein) qui germent çà et là en France et qu’il serait bien dommage qu’une guerre vienne tout décimer sur son passage …

Pour qui voter en 2017 ?

Je ne sais pas encore tout à fait pour qui je voterai. Mais pour la deuxième fois, je le ferai. Et certainement pas pour un président qui tiendra des propos haineux vis-à-vis de minorités ou d’une religion. On a déjà vu où cela a mené l’humanité. Je ne voterai pas non plus pour quelqu’un qui a une position misérabiliste et victimaire au sujet de nos quartiers. Nous n’en n’avons pas besoin. Il existe tellement de parents motivés, de personnes travailleuses, déterminées, entreprenantes ou tout simplement des résistants qui endurent un quotidien extrêmement contraignant en gardant le sourire.

De nos cités arides nous vaincrons fièrement
Au loin, souffle le vent de notre printemps
Mais personne ne l’entend
Assourdis par l’intolérance qui nous arrose et nous cultive
Nos cités bourgeonnent déjà, mais très peu l’objectivent
Aveuglés par les médias diffuseurs de haines agressives
Nos cités fleuriront et apporterons fruits en leur temps
Et en dépit de la confusion et des mauvais traitements
Nos fruits seront succulents et extrêmement résistants

A ceux qui pensent avoir la solution à nos problèmes, du haut de leurs confortables positions, quelles qu’elles soient. Venez vivre avec nous quelques mois et ressentez pleinement l’aridité de nos cités, de nos difficultés, de notre précarité. Et là, seulement, vous réaliserez notre force, notre courage et notre patience. Nous n’avons pas besoin de pitié, ni d’égards supplémentaires. Encore moins de condescendance. Simplement d’Egalité, de Fraternité et de Liberté. Nos cités sont pleines de jeunesse, de vie, de résistance, de sincérité, d’humanité et ce malgré les défauts surreprésentés qui les caractérisent. Mais quel quartier aussi riche soit-il n’en a pas ? Et puis, notre réussite ne dépend pas (que) d’un parti politique mais avant tout de nous-même. Et quoi qu’il advienne nous continuerons à résister, à vivre et à encaisser.