La pauvreté & Ses enfants

J’espère retrouver bientôt mon optimisme à toute épreuve, en attendant voici ce petit texte  … 


La Pauvreté implorant ses enfants :


Mes enfants, écoutez :
Je suis la pauvreté, et malgré vos qualités
Vos vies seront marquées au fer des difficultés
A la résignation vous serez voués, ou vers la colère dévoyés
De l’abandon à l’humiliation, c’est amer de toutes façons
Votre silence vous enterre, la peur vous enchaîne
La colère vous déchaîne, et vous subirez la haine
La misère marquera vos fronts, les autres vous mépriserons
Et l’on montrera la laideur, en ne désignant que l’erreur
Mes enfants,
Je suis une malédiction à fuir, un mourant qui attire
Autour de moi, les vautours tournoient
Les menteurs, les hautains, les promoteurs
Les opportunistes, les carriéristes, les extrémistes
M’entourant de leurs ailes, d’hypocrisie mortelle
Fuyez-moi, Ô Fuyez ! Envolez-vous sans regrets
On volera même l’histoire, en effaçant Votre Mémoire
Fuyez loin ! Fuyez-moi ! Avant qu’on ne vous assène
Et vous noie de coups bas sur les devants d’une scène

La mère de tous vos maux

Dounia : Les pouvoirs des mots

« Tu ne te souviens peut-être plus de moi mais je n’ai jamais cessé de prendre de tes nouvelles. Ta mère m’a racontée ce que tu as traversé. Tu n’es plus seule dans ta tourmente. Sache qu’il y a au moins 2 personnes qui pensent à toi …
Connaissant ta passion pour la poésie, j’ai écris ces vers pour toi, Dounia.  J’espère qu’ils t’apporteront un peu de clarté …

Accueille les murmures de ton âme
Goute à l’amertume de tes larmes
Ecoute ton instinct bridé
Tes rêves et leurs messages codés
Ressens la sécheresse, l’âpreté  
Ton cœur qui brûle
La douleur qui te hurle
Ils expriment ta vérité
La voie à emprunter  
Relie-toi à ta sensibilité
Bannis le serpent qui t’étreins,
Le malin semant son venin
Tais sa violence dès le matin
Tu ne l’avais pas mérité
Ecarte le de ton chemin
Et il ne brisera plus ton destin
Ne nie plus l’alerte pressentie,
Ni la douleur, ni les cris intérieurs
Et à la nuit succèdera le bonheur
Le silence est l’allié du traitre
Qui dans la ruse est passé maître
Ne te fait pas mordre 3 fois,
Avance et garde la foi ! » 

La lettre n’était pas signée. Pourtant ces lignes et le mystère qui les entouraient avaient rendu à la jeune femme un sourire longtemps effacé par des larmes qui n’en finissaient plus de tomber sur une grisaille quotidienne. L’auteur de ce poème semblait très bien informé de sa situation. Il laissait aussi entrevoir que la colère de Khadra s’était dissipée face au déshonneur familial dont Dounia avait été la cause.

« Qui est à l’origine de cette lettre ? Une amie ? Une femme ? Un homme ? » Elle se ressaisit soudainement : « Arrête de rêver Cendrillon, ces mots ont beau être justes et généreux, personne ne viendra à ton secours si tu ne te secoue pas toi-même ! ». Son chaleureux sourire persista cependant, illuminant son regard et tout son être. L’orage était passé.

Vis ma vie dans ma cité. Puis-je vivre la tienne dans ton quartier ?

Je vis ma vie, celle que beaucoup jugent d’ailleurs
De loin et d’après leurs critères du bonheur
En espérant résoudre mes ennuis ?
Ce n’est pas parce qu’on me dit malheureux que je le suis forcément
Et si je le suis réellement, que fera-t-on pour moi concrètement ?
On vit mes difficultés par procuration, mais qui n’a pas de préoccupations ?
Et pour équilibrer mon image, explorer TOUTE la société serait plus sage
L’égalité serait d’être observés et d’observer avec respect et objectivité
Se voir à travers le miroir de l’autre, mutuellement, sans filtres déformant
Parfois il arrive même qu’on prétende vouloir m’aider
Alors que l’objet visé est son propre intérêt …
J’en ai assez d’être observé, analysé, critiqué, qu’on parle de moi
Quand je ne recherche qu’une formation et un emploi

 

 

 

 

 

 

Dounia : Les barres finissent par tomber et les cœurs par se briser …

Dans son acharnement à espérer qu’il puisse la comprendre et par souci de conclure, Dounia cru bien faire en envoyant un dernier SMS à Louis. C’était un poème d’Adieu destiné à l’urbaniste démolisseur de barres HLM.

Désacraliser l’Amour
Est une profanation impie
Un affront à la vie
C’est en nier l’essence miraculeuse,
Briser le charme de l’aura mystérieuse
Et creuser un vide dévastateur
Un gouffre en plein dans le cœur
De l’assoiffé à qui l’on offre un leurre
De l’eau, pour la lui retirer aussitôt
L’ascenseur émotionnel est pire torture
Que celui en panne au bas de nos tours
Ô combien est douloureuse la désillusion
Bien plus que l’acceptation de sa condition

Il ne prit pas la peine de le lire jusqu’au bout, encore moins d’y répondre et le supprima machinalement avec un petit sourire de satisfaction en coin …

La chemise de Mohsine et l’origine de Dounia

Résignée, Dounia s’affairait sur la coquette chemise de son frère, ruminant nerveusement les mots tranchants de Khadra ainsi que sa douleur lancinante à l’épaule droite. Pourquoi Mohsine la battait-il toujours, à cet endroit ?! Parfois, elle avait presque envie de lui demander de le faire ailleurs tant la zone était meurtrie jusqu’à l’os et noircie par les dépôts de sang. En réalité, elle souhaitait qu’il ne la frappe plus du tout. Prise de chagrin pour elle-même, ses larmes ruisselèrent de nouveaux, se mêlant à l’épaisse vapeur du fer à repasser. Dans sa besogne, son esprit s’échappa loin, très loin … Dans un petit village d’Algérie, au creux d’une vallée barricadée par des montagnes aux fôrets luxuriantes de pinèdes et cyprès et bordée d’imposantes falaises tapis d’une végétation aux milles couleurs et parfums du sud. C’était une bourgade reléguée, isolée du monde mais ouverte sur l’horizon azur et infini de la Méditerranée. La mer semblait avoir été offerte à ses habitants comme fenêtre et issue face à l’étreinte des hauteurs écrasantes. Dounia y retraçait les traits de sa défunte mère qu’elle n’avait connu qu’en photos noir et blanc. La jeune fille se réconfortait souvent avec les mots imaginaires d’une maman douce et aimante. Une femme que la vie n’avait guère épargnée et qui avait fini par rendre l’âme à la naissance de sa seule enfant. « Je dois porter malheur pensa Dounia et puis pourquoi Maman m’a-t-elle appelée ainsi ?  Sa Dounia*, sa vie, a été tellement rude ! ». Khadra, qui avait été la meilleure amie de Rania*, en parlait toujours avec un sourire ému aux larmes. Les années et les épreuves avaient glissés sur cette femme, polissant une âme déjà pure et aiguisant une beauté toujours plus radieuse dont Dounia était l’héritière.

Dans 2 jours ce sera la rentrée, Dounia ouvrit son armoire et scruta avec lassitude une garde-robe qui ressemblait sensiblement à l’ancienne collection de son frère. Elle en retira un survêtement et un polo aux teintes délavées et tristes, les repassa dans la foulée et les remis soigneusement à l’endroit où elle les avait pris …

 

*Dounia : Vie ici bas
*Rania : La riche (humain et matériel)
*Mohsine : Bienfaiteur  🙂

Laisse Béton

Après quelques semaines de pause, je reviens avec un récit poétique écrit par Younous, un habitant engagé et passionné par l’histoire et le patrimoine de son quartier : le Val Fourré sur la commune de Mantes-la-jolie en Île de France.

Younous, 36 ans, y raconte SA cité pourtant ses mots ont fait écho en moi, éveillant des émotions assoupies et des souvenirs de vie à peine enfouis.

Béton, quel est ton secret ? Je vous laisse le découvrir ici … Lire la suite de « Laisse Béton »