La violence du relogement


C’est la seule insécurité que je subis aujourd’hui dans mon quartier. Récemment une personne que j’apprécie mais qui ne vit pas le délogement m’a dit « On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs » et « parfois pour l’intérêt commun il faut accepter les sacrifices ». Je lui ai répondu consternée : « mais là les oeufs c’est nous ! » et elle a répliqué « et bien oui ».

Sauf que, nous ne sommes pas des oeufs et encore moins une omelette et je ne vois pas pourquoi nous devrions nous sacrifier pour un hypothétique intérêt commun. La fin ne justifie pas les moyens surtout quand les moyens employés à mon égard sont violents. Et puis je ne vois pas de quel intérêt commun on parle. Créer de la mixité sociale ? Bien.

Pourquoi ce ne sont jamais les populations les plus riches qu’on déplace !?

Pourquoi engage-t-on des frais énormes de communication (édulcorée) pour attirer les nouveaux arrivants et pourquoi pour nous faire partir on ne fournit pas autant d’efforts ni dans la forme ni dans le fond !?

Pourquoi se sent-on chassés, indésirables quand d’autres sont convoités et attirés !?

Pourquoi ça fait des mois que nous demandons en vain de visiter des appartements neufs ou récents alors qu’on organise des visites tous les jeudis après midi pour des balades dans le quartier !?

Pourquoi est-ce liberticide d’imposer aux nouveaux arrivants de mettre leurs enfants dans nos écoles : seule façon d’espérer une vraie mixité, et pourquoi nous impose-t-on de quitter nos logements !?

Pourquoi a-t-on déjà prévu (par exemple) une résidence CROUS pour les futurs étudiants et pourquoi nous annonce-t- on soudainement qu’on va être relogés sans que quasiment rien de neuf, ni de récent ne soit prévu pour nous !?

La liste de questions indignées pourrait être encore longue … Je trouve que c’est un trop gros sacrifice pour une hypothétique mixité sociale, encore plus pour une méthode qui 13 ans après le début du plan de renouvellement urbain (la phase 1) est loin d’avoir fait ses preuves … « Rénovation urbaine : arrêtez le massacre ! » (Article écrit par l’architecte-urbaniste en chef de l’Etat).

Nous ne sommes pas des meubles, ni du bétail … J’avais des projets, des rêves avant cette annonce de démolition. J’étais en train de créer mon entreprise de pâtisserie fine orientale. A la place j’ai mis ma vie en pause et beaucoup de mon temps et de mon énergie à la création d’un collectif « L’espoir des 500 ».

Ce collectif est né et a été reconnu : « un travail de co-construction associant les partenaires du relogement et les collectifs de locataires a été validé très récemment par l’état, les services de la métropole, et les bailleurs. Cette co-contruction permettra de décliner les principes de la charte du relogement dans le cadre de l’opération de relogement des immeubles 520 530 … »

Sauf que, pendant que toute l’assemblée aura son temps de vie indemnisé et bien nous nous devrons nous battre et négocier, réécrire une charte qui cette fois s’appellera protocole pour 0 € de l’heure et un temps de vie précieux perdu, alors que nous n’avons rien demandé … Pourquoi !? Leurs vies ont-elles plus de valeurs que les notres ?

Notre collectif « L’espoir des 500 » ne servira pas à conforter un travail de concertation sur papier uniquement. Nous subissons un préjudice et il doit être pris en considération.

Je tiens à préciser que certains locataires souhaitaient partir pour diverses raisons comme le surpeulement, le vieillissement du quartier et de certains logements … Mais que beaucoup ne souhaitaient pas déménager et ont engagé des travaux et des frais considérables. Si nous avions été au courant plus tôt, jamais nous n’aurions mis ces sommes ni cette énergie pour rien.

Pour finir et tout compte fait, je reste dans ce blog (je m’y sens mieux) pour parler aussi de ce relogement qui occupe une trop grande partie de mes pensées et donc de ma vie. Seuls les aspects techniques de l’organisation de notre collectif déménageront ici.


Relogement : va-t-on tomber plus bas ?


Notre situation de précarité à la Sauvegarde (zone de la Duchère; quartier de Lyon9) et aujourd’hui le relogement qui s’y mèle agitent et inquiètent nos instincts les plus primaires. Normal que nous soyons si mal et que beaucoup d’entre nous en font des cauchemars. Nous n’avons pas demandé à déménager et nous (pour la plupart) ne savons absolument pas où nous allons être relogés.

Pour ma part, j’ai renoncé aux logements neufs. Non pas que je n’aimerais pas y vivre. Non, ce doit être bien plus agréable d’habiter dans des logements récents et modernes que dans de vieilles constructions. J’essaie simplement d’être réaliste. Sachant que j’arrive à peine à boucler mes fins de mois avec un loyer très bas, comment pourrais-je espérer  m’en sortir avec ne serait-ce que 50 Euros en plus dans mon loyer et mes charges ?

J’aimerais tellement être déjà posée dans mon chez moi sans toutes les étapes liées au déménagement … Je n’ai pas envie de « choisir » un logement. Comment peut-on parler de choix quand la 2ème proposition ne vient qu’après avoir renoncé à la première et ainsi de suite … J’aimerais vraiment choisir, comparer, visiter avant la fameuse proposition qu’on attend tour à tour, aléatoirement et avec inquiétude.

Je n’ai pas envie de faire à nouveau mes cartons, quand je n’ai pas encore déballé la totalité de mes anciens. Je n’ai pas envie de résilier mes anciens contrats, comparer et choisir à nouveau quand les choix et les démarches que j’avais fait précédemment me conviennent ou quand au contraire l’installation de certains services m’avaient exaspérée.

Je n’ai pas envie de faire un nouvel état des lieux et être attentive et puis constater par la suite que certaines choses ne vont pas (une fuite par exemple) et n’ont pas été notées. Appeler et les signaler à nouveau …

Je n’ai pas envie de démonter mes meubles quand j’ai mis 2 mois à les monter, et un an à les payer. Que j’ai mis toute mes économies dans la peinture et epuisé ma famille à me refaire les murs et les plafonds …

Je n’ai pas envie de me réhabituer au lieu, aux voisins, aux bruits …

Ca à l’air de rien comme ça mais quand on fait tout toute seule et bien le simple fait d’y penser nous rappelle combien ça  va être difficile et long. Je me dis que j’aurais tellement mieux à faire, comme chercher un travail, m’occuper de mes enfants, avoir des loisirs … L’intérêt quand on déménage c’est d’être mieux qu’avant pas de régresser. Surtout quand c’est déjà suffisamment difficile.

Pour celui qui souhaite me lire, je raconterai les périples de mon déménagement dans mon autre blog dédié au relogement et à notre collectif « L’espoir des 500 » (dernier onglet après témoignages). Je ne garantie pas que ce soit intéressant, mais le simple fait d’écrire et de publier me fait énormément de bien alors je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. J’écrirai dès que j’en ressentirai le besoin et que j’en aurai le temps.

A bientôt !

 

 

Les ingrédients de l’echec – 2/2


« Accepter et reconnaitre sa maladie est un premier pas vers la guérison »

Mon quartier est souffrant et j’espère qu’on trouvera les solutions profondes à sa rémission …

La semaine dernière j’avais mis en relief des chiffres qui décrivaient la précarité monétaire et le capital culturel des Duchèrois comparés à la ville de Lyon.

Aujourd’hui je retranscris à nouveau sous forme de graphiques la suite des indicateurs de precarité tirés du document ci-joint.


 3. Inégalités de santé

  • Sur l’ensemble des secteurs hormis le Plateau (dans la moyenne de Lyon),
    une population qui reste vulnérable en terme de santé, malgré sa jeunesse

aldCPAM – ARS 2012


4. Dépendance aux dispositifs sociaux

  • Une population encore fortement dépendante des prestations sociales

dependance disp sociaux

CAF 2012


5. Mixité fonctionnelle

Rapport entre le nombre de postes salariés et le nombre d’habitants

  • Une mixité fonctionnelle à encourager

mixite fonctionnelleINSEE CLAP 2009 et RP 2010


6. Accès a l’emploi

  • La Duchère, fortement marquée par la crise de l’emploi avec des taux très élevés
    de non-emploi à la Sauvegarde (35%) et Balmont le Fort (28%)

taux de nonemploiRP INSEE 2010


  • Une population Duchéroise plus éloignée de l’emploi que la moyenne Lyonnaise

taux dinactifRP INSEE 2010


7. Fragilités jeunesse

     a. Accès à l’emploi des jeunes de 15-24 ans

  • La jeunesse Duchèroise est durement frappée par le non-emploi

fragilités jeune 1 INSEE RP 2010


     b. Mesure du niveau de scolarisation et du besoin en formation

  • Des jeunes déscolarisés précocement au risque de décrocher

fragilites jeune 2INSEE RP 2010


8. Fragilités familiales

  • Des familles monoparentales en proportion très élevée sur les secteurs
    Sauvegarde, Château et Balmont Le Fort

familles monoparentINSEE RP 2010


Les ingrédients de l’échec – 1/2


Je publie ci-dessous des éléments tirés d’un diagnostic de territoire présenté à la maison des fêtes et des familles de la Duchère. Ils décrivent les indicateurs de précarité et de limitation de l’autonomie à la Duchère.

J’ai voulu rendre les données plus attrayantes et plus simples à lire, n’hésitez pas à me signaler d’éventuelles erreurs …

Ces chiffres m’avaient frappée. J’avais déjà conscience des difficultés qui nous tiraient vers le bas, mais le fait de les voir en chiffres et comparés au reste de la ville de Lyon m’avait profondémment attristée et fait prendre conscience des inégalités accumulées dans mon quartier … D’un autre côté cela m’avait aussi un peu rassurée. Nos difficultés avaient des causes visibles et chiffrées. 

Je ferai cet « exercice » (qui m’est très agréable) en plusieurs parties, en fonction de mon temps libre … Je joins la  source  au format PDF.

Pour information : la Duchère se divise en 5 sous parties ou IRIS :

  • Balmont Est
  • Balmont Le fort
  • Le Château
  • Le Plateau
  • La Sauvegarde

Les zones concernées par la phase 2 du renouvellement urbain sont la Sauvegarde et le Château.


Population en 2010

  • une population en légère hausse depuis 2009, après une décennie de forte baisse

EVOLUTION NOMBRE

DISTRIBUTION TERRITORIALE DE LA POPULATION

 INSEE RP 2010


  • Une population qui reste très jeune avec  sur certains secteurs plus de 30% de moins de 18 ans

POIDS DES MOINS DE 18 ans

 


Les indicateurs de précarité et de limitation de l’autonomie à la Duchère 

  1. Foyers de précarité monétaire
  2. Le capital culturel
  3. Inégalités santé
  4. Dépendance aux dispositifs sociaux
  5. Mixité fonctionnelle
  6. Accès a l’emploi
  7. Fragilités jeunesse
  8. Fragilités familiales

 

1 . Foyers de précarité monétaire

  • Une pauvreté très élevée à la Sauvegarde ; secteur le plus pauvre de Lyon
  • Une forte dégradation sur le Château depuis 2002, accélérée depuis 2007
  • Premiers impacts de la rénovation urbaine sur le plateau

REVENU FISCAL DU 1 DECILE

INSEE ET DGFIP 2009


2 . Capital culturel

  • Les habitants de la Duchère sont en très fort besoin de qualification
  • Le besoin le plus important de Lyon se situe à la Sauvegarde

SANS DIPLOMES 1SANS DIPLOMES 2INSEE RP 2010

 

Crève … (de faim) !


Après cette mésaventure, c’est comme si l’on m’avait jeté cette phrase à la figure …  Ce mois-ci mon ex-mari a tardé à verser la pension alimentaire de mes enfants, je n’avais donc quasiment plus rien pour les nourrir …
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La Duchère, c’était bien aussi avant

J’aime beaucoup ce quartier. Depuis toujours. Pas seulement depuis les rénovations urbaines. Ma famille et moi y vivons depuis 1981. Les démolitions/reconstructions ont embelli et amélioré un quartier qui avait à la base déjà un bon potentiel et de nombreuses qualités.

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