Relogement : J’en peux plus !

« Ne ressens la braise que celui qui marche dessus ».

C’est un proverbe (du bled) qui image parfaitement l’impossibilité pour l’autre de ressentir une douleur pourtant bien réelle.

Si pour certains le relogement est une opportunité. Pour d’autres comme moi c’est une situation qui s’enlise et qui déteint sur tous les aspects d’une vie en pause. Je rappel que l’annonce de démolition a été faite le 17/09/2015.

Depuis, je n’ai eu qu’une seule proposition qui a très mal tournée … Récemment, j’ai appris avec inquiétude qu’il y avait un délai réglementaire à partir duquel, on serait forcé d’accepter ce qu’on nous proposera (après 3 refus). J’espère ne pas en arriver là.

Je souhaite force et courage à tous les pauvres des quartiers populaires et d’ailleurs. L’hiver est rude mais le printemps finit toujours par arriver …

 

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Dounia : La mémoire d’une huître

Louis avait fait miroiter à Dounia le bonheur, le renouveau et l’Amour sans frontières, ni limites. Ce fut en réalité, un amour sans couleurs à sens unique. Elle finit par être la bonne à tout faire familiale, essuyant les caprices et les colères d’une mère autoritariste en plus d’être l’objet de tous les fantasmes d’un bourreau pervers. Un homme glacé qui n’avait de rêves à offrir que sa plastique.
La fin de cet épisode amer lui inspira des vers qu’elle se hâta de graver à jamais. Fondant en larme sur son journal intime, son compagnon de toujours. Celui face à qui elle dévoilait tous les recoins de son âme. Lui, la comprenait comme personne, avec ses mots à elle, ses ratures, ses blessures … Dans un élan d’espoir, elle se sentit l’âme d’une huître perlière, une jolie coquille de nacre, pleine. Elle avait lu un jour, qu’elle avait le pouvoir de transformer un éclat intrus, un grain de sable indiscret, en perle précieuse …  

La mémoire d’une huître

Dire « Je T’aime » puis s’en défaire
Se retirer comme les vagues, la mer
Et son écume abondante éphémère
Lavant les doux écrits d’un sable chaud
Les nuits d’un amour aveugle et sot
Et de nouveau s’échouer sur des maux
Déployer sans cesse des tourmentes,
Houleuses traitres et rafales violentes
Des paroles aiguisées et amères,
Brisées, ciblées dans les fonds d’une mère
Une femme jetée sur les écueils d’une vie
Ame innocente déjà meurtrie,
Devenue huître perlière, aguerrie
Priant : « Dieu, Pardon et Merci ! »
Les pics feront perles précieuses utiles
Elles laisseront des traces indélébiles
Sur les sillons d’un cœur déçu, labile
Dans un corps déchu rendu fragile
Ce n’est pas la mer à boire pensait-t-il !
Non, pour lui, ce fut une simple histoire futile
Pour elle, une trêve, la fin d’une douloureuse obéissance
Une triste réalité mais un nouveau cap vers l’espérance …

Elle se répéta, consciente, « Cette fois, je ne reproduirai pas, je ne reproduirai pas … Je me le promets ». Mais tout au fond d’elle-même une petite voie à peine audible lui glissa : « Tu n’as pas de chances, tu es née pour souffrir Dounia ». Elle l’étouffa en raisonnant à voix haute « La chance n’existe pas !» …

Aux petits frères du tiek …

Ce soir, je publie le texte d’un jeune habitant du quartier Grande Synthe à DunKerque. Hakim est un blogueur et un écrivain talentueux. Son texte, un message à ses « petits frères du tiek » m’a émue par sa sincérité et sa bienveillance. C’est le genre de message qui peut éclairer des adolescents, en quête de sens et de repères. Des jeunes parfois perdus en eux même.


Mes petits frères du tiek : vous êtes en mission


De base, je suis quelqu’un de timide et réservé. Il m’a fallu pas mal de temps pour oser demander un renseignement à un passant dans la rue, et plus jeune, même mes amis trouvaient que j’étais trop silencieux. J’aime tourner en dérision ma dégaine de mec sans dégaine, je surenchéris souvent quand mes potes me charrient. J’ai tantôt trop peu d’estime de moi, tantôt trop, et il est possible que cette entrée en matière ne soit elle-même que fausse modestie. En résumé, je n’ai pas le profil du leader charismatique qui distille des sagesses du haut de sa contemplation. Pourtant, depuis une décennie, je me sens en mission. C’est cette mission qui m’amène aujourd’hui à écrire à mes petits frères.

J’aimerais que tu contemples ta rue et ses alentours du rebord de ta fenêtre. Que tu prennes le temps de balader ton regard sur ce quartier où tu as grandi, sur ce bitume où tu es tombé, ces murs, que tu maintiens debout jusque tard le soir avec ton équipe. J’aimerais que tu prennes du recul sur cette bulle si particulière, sur ces longues journées passées à charrier et à chahuter, sur tes potes plus ou moins clean, plus ou moins respectables, sur ces histoires de gros sous et de placard que l’on raconte avec le cœur qui bat, comme on contait autrefois d’anciennes légendes guerrières au coin du feu. J’aimerais que tu te poses pour prendre de la hauteur sur ce tableau que tu aimes et que tu détestes, que beaucoup voudraient fuir de crainte d’y rester. Que ton esprit s’envole au-dessus de ces milliers de vie. Que tu fermes les yeux. Et que tu écoutes.

Faites honneur aux sacrifices des parents

Petit Frère, tu es en mission. A peine étais-tu arrivé dans ce monde, que déjà tu portais sur tes épaules le poids de l’Histoire, sans le savoir. Des histoires que tu écoutes avec distraction lorsque le Padre te parle du village, du long périple qui l’amena jusqu’ici, bientôt suivi de la Mama. Celle-ci complète son récit par des anecdotes pleines de noms que tu entends depuis tout petit sans parvenir à y fixer des visages. Leur vie est tellement différente de la tienne. Et pourtant, de leur bled jusqu’au tien, il y a un parcours fait d’humilité, de courage, de sacrifices et de patience, auquel il te faut faire honneur. Ta mission commence par la fierté. Tu ne dois jamais, ô grand jamais avoir honte de leur étrangeté, de la couleur de leur peau, ou de leur accent. L’école de la vie où ils ont étudié leur a enseigné plus de sagesse que tout notre système scolaire ne pourra jamais t’en donner. Petit Frère, réalises-tu que tes parents sont des héros ?

Ce que je vois par ma fenêtre est tellement triste. A chaque barrette vendue dans l’entrée, à chaque scooter volé, à chaque braquage, à chaque petit qui décroche, c’est comme si on vomissait sur la vie de nos parents. Même si c’est complexe, c’est d’abord à cause de nous que beaucoup de gens nous perçoivent comme des sauvages. Que nos parents bien-aimés soient associés à ces insultes par notre faute, ça me fait mal, et ça me révolte. Petit Frère, réponds-moi franchement : est-ce pour voir le nom de son fils dans les faits divers que ton père s’est levé à 3h du matin pendant 40 ans ?

Du quartier, changez la France

On est d’accord, tout n’est pas à jeter ici, bien au contraire. Tu connais les ambiances où ça réunit les pièces rouges pour acheter un paquet de gâteaux premier prix que l’on partage à dix ; les barres de rires à n’en plus finir quand on se raconte les anecdotes insolites des uns et des autres ; les sorties d’école où les mamans des quatre coins du monde tapent la discut’ en attendant leurs enfants ; le partage, la solidarité, le respect. Tu es peut-être en bas de l’échelle, mais tes principes et ton expérience de vie sont une richesse d’une valeur inestimable, qui peut profiter à toute la société. Oui, toi le « jeune de quartier » que l’on méprise souvent, qu’on suit dans les rayons des magasins, que l’on contrôle, que l’on insulte, que l’on tue ; toi, tu as des choses à apprendre aux autres. Te rends-tu compte ?

Petit Frère, ta mission est universelle. Demain, l’histoire commencée il y a plusieurs siècles dans la violence de la colonisation s’achèvera peut-être dans la douleur. Tu le sens, le vent tourne et semble nous pousser vers la sortie. La fin de l’Histoire, c’est toi qui l’écris. Sois tu laisses les choses se faire et les tensions identitaires achèveront de nous diviser. Sois tu te lèves pour montrer l’exemple et appeler à la Paix. La Paix entre les quartiers et le reste, entre les Noirs, les Arabes, les Blancs, entre tous. Il te faudra beaucoup de patience et d’énergie. De la sueur, des larmes, du sang parfois. Tout commence sur le rebord de ta fenêtre, sous lequel se déroule ton univers. Les blocs, les quads, les commerces, les mamas, la police, le city-stade, les fautes sur les murs, les étoiles déchues. Je sais, ce décor est tellement éloigné de tout ce que je te raconte depuis tout à l’heure. Mais s’il te plaît, prends le temps d’y réfléchir avant de retourner en bas. Médite sur ces mots, et quand tout cela aura mûri dans ton esprit, passe le message à tes gars. Il est temps de sortir de ces caricatures qui nous enferment. Pour tes parents. Pour tes aînés. Pour toi.

Et pour tous les Petits Frères, qui ne grandiront pas.

Texte d’Hakim S, publié aussi sur la ZEP

6 T D’ailleurs

« 6 T D’AILLEURS », c’est la nouvelle série de ce blog. Elle réunira des textes : récits, témoignages, poèmes … De personnes issues de cités mais aussi d’ailleurs ( Cités d’ailleurs & Si t’es d’ailleurs … 🙂  ).

C’est ouvert à tous parce que j’ai toujours à cœur de valoriser les habitants des quartiers populaires sans pour autant nous isoler. « Je suis la norme et la différence » comme le disait Khaoula dans son poème « JE SUIS TOI ». Ouvrir, s’ouvrir aux autres, et découvrir la France au delà des frontières et des barrières mentales !

Je commence avec le poème saisissant de Younous 35 ans. Il se décrit comme : « habitant la cité du VAL FOURRE à MANTES LA JOLIE exerçant le métier de bon samaritain socialement responsable. » Lire la suite de « 6 T D’ailleurs »

Le Mal de nulle part

Ce soir, je publie le témoignage de Yasmina, 37 ans. Un récit dans lequel d’autres, j’en suis certaine, se reconnaîtront complètement …

« J’ai le mal de nulle part, le mal de n’être jamais à la bonne place. C’est vouloir s’accrocher quelque part, à une origine, à une histoire mais ne pas savoir à laquelle. J’ai bien une culture comme tout le monde mais elle est à cheval entre 2 rives. Et puis elle n’est pas vraiment reconnue, pas clairement identifiée, d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée. Parfois même illégitime. Ma culture est hybride. Anormale ? Lire la suite de « Le Mal de nulle part »

Temporiser et semer les graines de l’Amour

Le printemps d’un Amour

Toute l’eau ne suffirait à éteindre les braises de mon cœur qui se consume d’amour. La distance, ton absence m’éloigne chaque jour du décret sur ta vie

De cette nuit qui a fait germer dans l’obscurité de mon être et de ses cendres a fait renaître : l’espoir, la fleur la plus pure 

L’éclat qui fait sourire à l’aube, éblouir après un long chemin d’hiver. L’hymne à un printemps, un bourgeon, une éclosion murmurant : Je t’aime à la folie, passionnément


C’est le poème qu’a écrit le Sultan à Shéhérazade des milles et une nuit. Dans le célèbre conte, cette femme a su désamorcer la colère du Sultan et temporiser, puis, déjouer son sort grâce à son ingéniosité et celle de sa sœur. Elle a ainsi sauvé toutes les jeunes filles du royaume d’une mort cruelle et certaine en cultivant chaque jour les graines de l’espoir et de l’amour dans le cœur meurtri de son bien aimé …

En réalité ce poème est le fruit de mon imagination. Avec toute cette agitation électorale, je me suis évadée loin dans l’espace et le temps. J’ai aussi souhaité exprimer à travers ces vers l’Amour, la Renaissance et l’Espoir après le chaos et les cendres

Et pour revenir à la réalité, je trouve qu’il y a tellement d’initiatives positives (si on regarde le verre à moitié plein) qui germent çà et là en France et qu’il serait bien dommage qu’une guerre vienne tout décimer sur son passage …

La danseuse des rimes

« Rêver c’est ce que je sais faire de mieux. » C’est un de mes commentaires dans une discussion Facebook. Un commentaire banal, balancé sur le ton de l’ironie, de l’autodérision … De ce commentaire est né un magnifique poème écrit en quelques minutes par Khadija : La danseuse des rimes. Une sensibilité à fleur de plume …

« Rêver c’est ce que je sais faire de mieux. »
Ma douce rêverie… Toi qui berce mes nuits. Me berne l’esprit. De mes rêves, je n’ai su m’en sortir. Piégée dans un bocal, sans parvenir à en sortir. Mes rêves, comme un chasseur, m’ont attrapée. Et je suis comme le papillon dans le bocal, je suis piégée.

De nos rêves, on devrait bâtir. De mes rêves, je voudrais construire. Construire des projets, un avenir. Mon avenir. Celui qui sera mien, celui qui sera le résultats de mes desseins. Mes desseins, dessinés par le crayon de la rêverie. Dois je me faire un dessin, où serais ce le destin?
Dessiner ma destinée. Voici la fonction de ces inepties. Mais les rêves ne sont ils pas là pour nous faire croire à l’inimaginable? Nous faire voler parmi les étoiles?

Les rêves. Mon mieux. Faisons de nos rêves, notre mieux.

 

Pour qui voter en 2017 ?

Je ne sais pas encore tout à fait pour qui je voterai. Mais pour la deuxième fois, je le ferai. Et certainement pas pour un président qui tiendra des propos haineux vis-à-vis de minorités ou d’une religion. On a déjà vu où cela a mené l’humanité. Je ne voterai pas non plus pour quelqu’un qui a une position misérabiliste et victimaire au sujet de nos quartiers. Nous n’en n’avons pas besoin. Il existe tellement de parents motivés, de personnes travailleuses, déterminées, entreprenantes ou tout simplement des résistants qui endurent un quotidien extrêmement contraignant en gardant le sourire.

De nos cités arides nous vaincrons fièrement
Au loin, souffle le vent de notre printemps
Mais personne ne l’entend
Assourdis par l’intolérance qui nous arrose et nous cultive
Nos cités bourgeonnent déjà, mais très peu l’objectivent
Aveuglés par les médias diffuseurs de haines agressives
Nos cités fleuriront et apporterons fruits en leur temps
Et en dépit de la confusion et des mauvais traitements
Nos fruits seront succulents et extrêmement résistants

A ceux qui pensent avoir la solution à nos problèmes, du haut de leurs confortables positions, quelles qu’elles soient. Venez vivre avec nous quelques mois et ressentez pleinement l’aridité de nos cités, de nos difficultés, de notre précarité. Et là, seulement, vous réaliserez notre force, notre courage et notre patience. Nous n’avons pas besoin de pitié, ni d’égards supplémentaires. Encore moins de condescendance. Simplement d’Egalité, de Fraternité et de Liberté. Nos cités sont pleines de jeunesse, de vie, de résistance, de sincérité, d’humanité et ce malgré les défauts surreprésentés qui les caractérisent. Mais quel quartier aussi riche soit-il n’en a pas ? Et puis, notre réussite ne dépend pas (que) d’un parti politique mais avant tout de nous-même. Et quoi qu’il advienne nous continuerons à résister, à vivre et à encaisser.

L’ Alizé de la Duchère …

Voici le témoignage de Meryem, une habitante de la Duchère. Une histoire qui rappelle que c’est avant tout l’humain qui fait la richesse et la beauté d’un quartier …

Je m’appelle Meryem, j’habite la Duchère depuis plus de 35 ans. J’y ai grandi et vu le changement. J’ai fait une demande de logement, il y a plus de 6 ans mais aucune proposition ne m’a plu. Dernièrement, l’une d’elle m’avait pourtant intéressée. Elle se trouvait à Lyon 7ème. J’étais contente mais après réflexion, je me suis rendue compte de la chance que j’avais d’habiter ici, de la proximité des magasins, de la facilité pour se déplacer ( métro, TCL, voiture), des nombreux espaces verts … Et très récemment, j’ai été émerveillée par la convivialité et le partage. Alors que j’étais en pleine réflexion pour quitter le quartier, j’ai pu assister à ce qu’on appelle : « la magie du quartier ». Une maman*(ma voisine) a envoyé un drap, des cuillères, des gobelets, de la boisson et puis, l’essentiel : un immense plat de couscous. Les enfants se sont régalés et puis ont tout nettoyé. Et le lendemain ça a inspiré à mon fils et ses amis de cotiser 5€ chacun et de se réunir de nouveau pour un pique-nique au même endroit. J’ai trouvé l’idée géniale et généreuse. Ça a donné de la beauté à ce vieux bâtiment que l’on surnomme encore « Chicago » à cause de vieux clichés. Il est rebaptisé aujourd’hui l’Alizé. Et j’espère que ce lieu continuera a bien porter ce nom. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je n’ai plus envie de quitter mon quartier !

* Dans les quartiers populaires, il est naturel de partager ou d’offrir sa nourriture, des plats, sans raisons particulières, sinon pour faire plaisir, parfois par aumône ou bienveillance … 

 

Différences & Égalité, impossible !?

Différence & Egalité, une équation en Humanité
Vraie, en temps de liberté. Juste, il est ton égal
Malgré vos différences, son bonheur est légal
Derrière ses apparences, son cœur a l’habileté
D’éprouver autant d’attirance, d’amour et bontés …
Regarde dans ses yeux, et ensemble scellez !
« Egalité & Fraternité » : Libertés si pures à écouter
Plus vérifiées encore, si, unis, vous les accordiez
Au passé, pour l’avenir, sous le ciel de la réalité