Relogement : la démolition a déjà commencé

Je n’ai plus assez de mots, plus assez d’émotions pour décrire ce long tunnel de relogement dans lequel nous sommes pris en otages. Bientôt 3 ans d’attente et je n’en vois toujours pas le bout. Les bâtiments sont quasiment vides.

Il faut attendre une proposition choisie par d’autres pour vous. Ma dernière proposition était surprenante parce que tellement loin de ce que j’aurais choisi.

Trois propositions refusées et c’est la menace d’expulsion. Mais qu’importe, le mal est déjà fait.

Je viens d’acheter un détecteur de monoxyde. Pour un vrai risque ? Ou est-ce le traumatisme qui refait surface ? Le détecteur le dira. Personne ne s’est excusé. Tout le monde s’en fout et moi aussi. Je ne ressens plus rien sinon une froide lassitude. L’espoir semble encore bien loin. La démolition a dors et déjà commencé. Mais pas encore sur le béton.

5 commentaires sur « Relogement : la démolition a déjà commencé »

  1. Votre témoignage est bouleversant. Je suis de tout cœur avec vous.
    J’imagine tout à fait ce que vous ressentez. Je suis attristée de voir que les familles ne sont pas rassurées, ni prises en charge correctement. C’est déjà difficile pour vous de se retrouver obligé de partir de chez soi, d’un quartier qui vous est cher. Mais en plus si vous ne savez pas où vous allez vous retrouver… c’est vraiment intolérable…
    Que peut on faire pour vous aider ?

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  2. Hier encore, c’était le bonheur, j’arrivais dans une cité illuminé par ces gens que je connaissais à peine, je suis arrivé avec mes bagages, mes espoirs, mes doutes mais avec une profonde foi en l’autre, en la communauté de destins que nous étions, uni, confraternel, humaine. On a vécu les catastrophes ensemble et mes voisins furent la solidaire apostrophe qui nous rassembles. Les joies et les satisfactions acclamés par les djembés et les sirènes victorieuses couvrant la monotonie et le gris de l’ennui des murs enduits de nos rêves enfouis. Alors on s’enfuit mais l’âme de la rue nous rattrapes, nous manques, prend possession de nous comme le béton se lie du ciment. Et quand la politique de la ville prend le pas sur la politique de la vie, la nôtre, rien ne va plus. Terminus, tout le monde descends du 14ème au sous-sol de l’humiliation : vous n’étiez que de simples locataires mais je revendique d’une voix que je suis propriétaire de la mémoire des murs et ça ne s’achète pas. Problème : ceux à qui on a promis délices aux pays des merveilles se retrouveront pleins de vices aux pays des vermeilles … Exproprié à ma terre, exposé ma chair aux canons de bulldozer du politiquement correct, la misère jusqu’au bout du chemin. Et là, c’est chacun pour soi, les valeurs de la cité s’effacent et l’épreuve nous fait face et ça laisse des traces. Aujourd’hui, le béton est sombre, la rue est un western où chaque bruit est une menace, et la solitude est un ennemi redoutable. Tout se joue a l’extérieur, dans des sphères hautes qui prennes de haut les gens d’en bas… Je suis seul, trop seul, défenseur de mon pré-carré de béton fissuré …

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