Déchoir les préjugés – 4

Les « assistés » sont privilégiés


La pauvreté n’est pas un privilège. On ne s’y habitue jamais. On la supporte, en espérant en sortir chaque jour.

Et comme une guirlande d’épines autour du cou, la pauvreté a tout son lot de misère assorti : la précarité de l’emploi, du logement, les racismes, les problèmes de santé psychiques et physiques, les différentes formes d’exclusion …

Mais en plus de toutes les difficultés qu’elle génère, certaines personnes aimeraient nous mettre à terre, nous voir ramper et nous ôter jusqu’à notre dignité.

Un jour, une salariée administrative a dit à sa collègue au téléphone : « je suis face à une personne (moi) qui n’a aucun statut … ». Et elle parlait de moi comme si elle était seule et qu’il n’y avait rien, ni personne en face d’elle.

Une autre fois, une conductrice de bus à qui j’avais demandé un renseignement, s’était permise de me dire, agacée : « Je ne réponds pas aux assistés ». Pourtant, ma situation n’était pas affichée sur mon front et quand bien même j’avais été sans emploi. Est-ce que ça lui donnait le droit d’être agressive ?

Ce type d’anecdotes est régulier, sans compter toutes ces personnes qui vous parlent sèchement, parfois même sans vous regarder.

Face à ce genre d’attitude, il est nécessaire de : montrer à la personne qu’on a en face avec des mots, une attitude ou un regard, qu’elle n’est en rien supérieur. Généralement elle reprend sa place.

Pour moi ça fonctionne, et même si je reconnais être aujourd’hui plus facilement sur la défensive. Je n’autorise personne à toucher à mon intégrité ou à m’humilier. Ma dignité ne dépend ni du mépris, ni de la condescendance d’autrui.


Les « assistés » profitent du système


De quel système ? Je ne saisis pas bien le sens de ce mot et il m’intéresse peu. Je me sens plutôt prisonnière, maintenue dans un état contre mon gré. Je persiste à chercher un emploi malgré les refus systématiques. Je reste active et bénévole, travaille aux mêmes rythme et intensité qu’un salarié. A la seule différence que je ne suis pas rémunérée.

Malgré cela, j’ai envie de croire en l’avenir. Là où ça devient à la limite du supportable, c’est quand on observe, impuissante, ses enfants et ses proches souffrir et s’abîmer à cause de ce fléau et du « manque ».

Car même en répétant sans cesse que ce n’est pas la situation financière d’une personne qui en définit sa valeur et que la vraie richesse est humaine. Ça ne demeure qu’un murmure inaudible quand tout ce qui est autour montre froidement que « sans argent, tu n’es rien ».

 

 

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