Déchoir les préjugés – 2


 « Les parents des cités sont démissionnaires »


« Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si vous ne faites d’abord des polissons »


J’ai découvert cette douceur de Jean-Jacques Rousseau après avoir ouvert et mangé une papillote au chocolat. Je ne sais pas si je l’ai comprise correctement mais elle eut un écho délicieux sur ma conscience malmenée.

On reproche souvent aux parents de cités d’être démissionnaires. Pour ma part, je connais quelques pères absents, qui fuient leurs responsabilités … Mais honnêtement je ne connais pas de mamans qui abandonnent. Il en existe certainement qui sont dépassées (comme partout ailleurs) mais celles de mon entourage sont des femmes qui mettent toute leur énergie à la réussite de leurs enfants, souvent au détriment de leurs propres vies.

Pour beaucoup d’entre nous, la vie est extrêmement difficile, et je n’écris pas cela pour me plaindre ou par complaisance, c’est un fait. Chaque journée est un combat. On survit pour nourrir, protéger et élever nos petits dans un milieu très hostile.

Nos efforts et notre vigilance s’ils sont continus et quotidiens, s’intensifient les week-ends et pendant les vacances … Je n’ai jamais de répit, ne prends jamais de congés et appréhende l’arrivée des vacances scolaires que mes adolescents vivent comme une délivrance. Si j’arrive à occuper mon plus petit durant ces périodes, les grands refusent d’être constamment avec moi et aiment retrouver leurs amis. Ce qui est compréhensible à leur âge.

En journée les savoir avec leur groupe ne me dérange pas, parce que même s’ils ne sont pas toujours discrets, très souvent et en dépit des apparences ils ne font rien de mal. Ils apprécient simplement d’être avec leurs pairs. Mais à la tombée de la nuit c’est un autre monde qui s’éveille et dans l’obscurité, les dangers qui pourraient menacer nos petits m’effraient. Seulement à cet âge ils n’en ont pas encore complètement conscience et les tentations maléfiques sont diverses et trop grandes … Il nous arrive alors très fréquemment de sortir chercher nos enfants dans le quartier afin de les ramener à la maison quand ils « oublient » de rentrer à l’heure.

Etre parents dans une cité dite sensible est un travail sans fin, épuisant aussi bien physiquement que nerveusement. Mais aussi très peu gratifiant et jamais reconnu. Et au lieu d’être encouragés et soutenus pour être des parents de ZEP, REP, REP + … Nous sommes souvent perçus et jugés comme défaillants, déficients, suspects … De quels droits et sur quelles preuves ?!

« Avant de juger son frère il faut avoir marché plusieurs lunes dans ses souliers » (proverbe Amérindien) …

S’il y a des difficultés voire des échecs dans l’éducation de nos enfants c’est dû à la somme de plusieurs facteurs pénalisants et même si nous y mettons toute notre énergie, les éléments sur lesquels nous n’avons que très peu d’influence continueront à nous tirer vers le bas et tendront à nous faire échouer …

C’est un peu comme si nous faisions un gâteau avec le meilleur des chocolats mais que la plupart des autres ingrédients et additifs étaient « dégueulasses » , le résultat aurait une forte probabilité d’être médiocre. Et les composants qui handicapent le processus éducatif de nos enfants sont très nombreux et divers. Il y a notamment la précarité **, l’exclusion, l’influence du groupe, le pessimisme ambiant, la monoparentalité pour certains …

Et quand bien même tout irait au mieux dans le meilleur des mondes, chaque enfant a sa propre personnalité et jusqu’à preuve du contraire ils ne fonctionnent pas avec une télécommande. Et personne n’est et ne sera jamais parfait !

Alors le résultat nous échappe forcément un peu et je ne vois pas ce que l’on peut faire de mieux à part continuer à être le meilleur ingrédient possible en faisant attention aussi à ne pas être abimés par le mal qui nous entoure … Parce qu’il se peut aussi que certains parents soient usés par des conditions de vie extrêmes. Faut-il en plus les condamner ? Peut-on en vouloir à une personne qui s’est noyée dans une rivière en crue ?

Pour finir, nous ne sommes pas tous des « cas sociaux », il existe et il a toujours existé des familles et des jeunes sans problèmes (apparents) à la Duchère qui réussissent leur scolarité, dans le sport, l’art etc. … S’ils sont moins visibles, ils ne sont pas moins nombreux pour autant. Et puis combien de jeunes de mon époque étaient des « délinquants » et se sont assagis et posés avec l’âge … L’adolescence est un passage difficile pour tous les enfants quelles que soient leur origine ethnique et sociale, il est donc normal que nous rencontrions aussi des difficultés comme tous les parents.




Effets de la précarité*

La précarité a un impact global sur le corps social, qui peut se traduire par :

  • dégradation des conditions de travail (un travailleur en situation précaire n’est pas en position de force pour défendre ses droits)
  • difficultés à développer une vie sociale (ex: quitter le domicile parental, fonder une famille…)
  • révolte contre l’organisation sociale (les salariés en situation précaire auront davantage tendance à s’opposer au système)
  • dégradation de la santé physique ou mentale : la plupart des indicateurs de comportement et de santé sont altérés dans toutes les catégories de populations classées en situations de précarité (par rapport à celles qui ne le sont pas).
  • de la défiance envers les médias de masse. Une partie des personnes touchées par la précarité diminue leur temps consacré aux actualités, une minorité se tourne vers des médias alternatifs.

 Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9carit%C3%A9#Pr.C3.A9carit.C3.A9_des_conditions_de_vie


7 commentaires sur « Déchoir les préjugés – 2 »

  1. Encore une fois, Safya, ton dernier article est un cri du cœur .Celui d’une mére de famille qui défend tous les parents des quartiers que certains mettent en cause à la légére lorsque certains jeunes dévient du droit chemin.
    comme tu l’expliques très bien, les parents ne maitrisent pas tous les facteurs qui peuvent influencer en mal un jeune.
    Un jeune qui a été bien éduqué par ses parents peut malgré tout « mal tourner » du fait de son propre caractére , de mauvaises fréquentations ou du chomage .
    Il est important de souligner que cela vaut pour tous les jeunes, qu ils soient issus de quartiers favorisés ou défavorisés.
    Safya, continue de nous faire profiter de tes articles qui permettent de rétablir des vérités .

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis entièrement d’accord avec toi Safya L’éducation des enfants est un travail de longue haleine…et un combat de tous les jours…
    Mais nous ne lâcherons pas car leur réussite sera notre plus grande fierté !!!
    Biz

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour ce site et cet article ! Nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes objectifs : nos banlieues sont des viviers de talents qu’il ne faut pas cesser de mettre en avant avec bienveillance, solidarité et respect, pour avancer contre le prédéterminisme social, contre le racisme et l’injustice !
    4in

    Aimé par 1 personne

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