Pas envie de sortir du quartier …


J’avais écrit ce billet cet été … Aujourd’hui malheureusement c’est encore pire … Je n’ai plus du tout envie de sortir des limites de mon quartier …

Je ne crois pas en la malchance sinon je serais convaincue que c’est ce qui me touche. Ce « mal » me colle à la peau, à chaque instant, dès que je mets les pieds dehors, ou devrais-je dire dès que je sors du quartier … Ma seule présence crée une lourdeur, j’ai toujours le sentiment de ne pas être à ma place, comme un cheveu sur la soupe.

Je dois lutter chaque jour contre moi-même, pour sortir, pour ne pas baisser les bras … Et quand je rentre enfin au quartier, je me sens chez moi, soulagée … Comment ne pas être tentée par le repli communautaire qui nous est si souvent reproché. Si je me laissais aller, je ne sortirais pas de ma cité. C’est vrai après tout pourquoi sortir, quand nous avons tout à portée de main.

Et puis nous n’y sommes pas regardées comme des extra-terrestres. Nous n’y sommes pas réduites à un voile, à un style vestimentaire, à une religion … Mais reconnues pour notre personnalité, notre singularité, pour nous même …  Nous y avons des amis, on se dit bonjour, on discute, on vit … Et notre voile se fond avec le décor et devient presque invisible, ce que l’on aimerait qu’il soit en fait …

On nous reproche de faire apparaitre le religieux dans la sphère public et de faire du prosélytisme avec notre voile (ce n’est pas un drapeau), mais en réalité c’est la société qui fait ce travail en rappelant sans cesse nos différences, tous les jours à travers les médias et les débats public et ce qui ne devrait être qu’un détail devient l’objet du délit et est ressenti comme une provocation (surtout en période de crise) par beaucoup de Français devenus hypersensibles à la vision d’un voile. Et qui ne nous voient plus comme des humains à part entière mais juste comme des voiles sur pattes.

Malgré cela il faut sortir, il faut vivre, alors on avance à contre-courant, on se fait violence et on y va … on prend le bus, le métro …

Quand on sort du quartier en portant une écharpe sur la tête (un voile)

Les allusions et insultes ne sont pas rares, mais il y a aussi le langage non verbal qui trahit ce rejet et qui lui est quasi-systématique. Celui-ci peut parfois même être plus terrible que des mots …

Récemment j’étais à la CCI (chambre du commerce et de l’industrie), un Monsieur qui semblait très sympathique y est entré avec un large sourire dirigé vers la standardiste. En tournant légèrement sa tête son regard a croisé le mien, en une fraction de seconde sa mine joyeuse s’est défaite, je lui ai timidement glissé un bonjour, je ne sais plus s’il a répondu ou pas, mais je n’oublierai jamais le dégoût que je lui ai inspiré. C’était comme s’il venait de voir un oiseau de mauvais augure ou je ne sais quelle autre monstruosité … Et pourtant il n’a pas dit un mot, mais son visage a parlé à sa place …

Ceci n’est malheureusement qu’une anecdote parmi tant d’autres … Je suis rejetée à cause de mon voile et de ma religion, c’est un fait. A un point où quand une personne se montre sympathique avec moi je suis très surprise voir gênée, parce que trop souvent ce n’est pas comme cela que ça se passe …


 

3 commentaires sur « Pas envie de sortir du quartier … »

  1. Merci pour cet article.
    En tant qu’homme, je n’ai déjà pas la même expérience de l’espace et du regard des autres qu’une femme ; en tant qu’homme de type européen, je n’ai pas non plus la même qu’un homme de type maghrébin ; alors tu penses bien que je ne vis pas le même chose qu’une femme de type arabe et voilée… C’est pourquoi l’expérience dont tu fais part est éclairante.
    N’ayant pas de problème avec les femmes voilées, j’essaie de comprendre ces réactions dont tu parles et qui me surprennent. Je me dis que certaines personnes sont racistes et qu’il sera difficile de les faire changer d’avis ; que certains font malheureusement des amalgames entre musulmans et islamistes, entre voile et soumission des femmes, peut-être entre voile et burqa, mais également des contresens sur le voile.
    Je me dis aussi que ces réactions peuvent peut-être s’expliquer d’une autre manière. Personnellement, j’ai grandi à la campagne où, s’il ya avait des Français d’origine arabe, le voile était peu présent (du moins dans mes souvenirs) ; j’ai vécu dans des villes plus ou moins grandes, dont quelques années à Paris : à cette époque, j’aimais beaucoup aller à Barbès, notamment sur le marché du samedi. Il y avait des femmes voilées, mais peu de femmes (dans mes souvenirs, mais peut-être que je n’y faisais pas attention) portant le même habit et le même type de voile entourant le visage que toi. J’ai l’impression, mais peut-être que je me trompe, que l’on voit davantage de musulmanes habillées comme toi et que cela peut heurter des gens qui ont vécu longtemps dans un univers franco-français où l’on n’avait pas l’habitude de cela. Certaines personnes ont vécu dans une France « blanche », vêtue à l’occidentale, avec « l’Arabe du coin » et sa femme coiffée d’un simple voile : c’est pourquoi la visibilité de femmes habillées comme toi peut heurter, car cela n’appartient pas à notre « univers mental », à notre paysage. Peut-être la réaction de certaines personnes peut s’expliquer ainsi, par cette vision déstabilisante, inhabituelle, donnant l’impression que « on n’est plus chez nous », surtout dans des territoires, en France, souvent ruraux, où il y a peu ou pas de Français de confession musulmane : c’est d’ailleurs dans de tels endroits que le Front National obtient ses scores les plus importants, et les médias doivent aussi y être pour quelque chose. J’espère que je suis clair… Je pense que c’est vraiment un problème de culture française.
    En tout cas, je trouverais vraiment dommage et inquiétant que le résultat de tout cela soit que toi (ou d’autres femmes) préfériez rester dans vos « quartiers » : ce serait donner raison aux racistes ou islamophobes et n’aiderait pas à l’intégration de Français déjà mis à part, géographiquement ou socialement. Tu as écrit un billet sur le changement de population à la Duchère, où tu dis que la cohabitation, le mélange entre anciennes (arabes) et nouvelles (blanches) populations est difficile, que chacune n’a pas forcément envie d’aller vers l’autre. Cela pose question sur le vivre-ensemble dans la société française (et je n’accuse personne, ni les « arabes » ni les « blancs » d’être responsable de cela.
    Je n’ai pas de solution, mais je pense qu’il ne faut pas se replier. Malgré cela, je ne nie pas (sans vraiment les comprendre, en tout cas sans les partager) la violence psychologique que représentent des réactions comme celles dont tu parles.
    Voilà… J’ai été un peu long, je crois.

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  2. Votre réponse est parfaite ! … Merci ! J’aimerais juste y apporter une petite précision … Je ne me sens pas faire partie du « type arabe ». En ce qui me concerne, je me qualifierais plus de « type hybride Nord-Africain » … 🙂 D’autant plus que comme beaucoup de Nord Africains, mes origines sont berbères …

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